lundi 30 novembre 2009
D'une historiographie antique vers une histoire du corps
L’historiographie est la science de l’histoire, donc cette science concerne l’écriture, les objectifs de l’Histoire, et met en perspective les courants historiques.
L’épistémologie est une science du discours ou de l’étude, et cette discipline étudie l’histoire des sciences. L’historiographie est une branche de l’épistémologie appliquée à la science Histoire.
A travers le temps, l’histoire n’est pas tout à fait pensée comme aujourd’hui. De l’Antiquité à nos jours, les enjeux sont différents et les points de vue aussi.
Comment est-on arrivé à une histoire culturelle ? Et plus précisément à une histoire du corps ?
I) Le début d’un récit
Dans l’Antiquité, l’Histoire est un récit qui relate des évènements de la guerre, cela reste étroitement lié à la fiction ou de ce qui est de l’ordre des annales, c’est-à-dire de la retransmission administrative au jour le jour.
Selon le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), il faut que l’histoire dépende de la formation des Etats, car en se formant en Etat, le peuple va créer des buts dans la conservation de soi. Le récit historique participe à ce grand dessein de la conservation.
On ne peut pas parler de l’Antiquité sans évoquer Hérodote (né vers 484 ou 482 - 425 av. J.-C.), qui est le premier historien. Il est le premier auteur de récit historique. Ce voyageur et géographe est contemporain des guerres Médiques (-479) qu’il va analyser, et il s’interroge sur les évènements de cette guerre. Son œuvre est intitulée Histoire ou Enquête, selon les différentes traductions. La méthode d’Hérodote n’est pas celle d’un historien car il n’élimine pas les légendes et les « non-dits ».
Un contemporain d’Hérodote, Thucydide (460-395) rédige sa méthode logique d’exposition chronologique dans Histoire de la guerre du Péloponnèse, qui oppose Athènes à Spartes. Ce sont des évènements militaires qui son au cœur de l’Histoire, mais c’est le goût du discours fabriqué et attribué à certains acteurs de l’histoire qui donne une limite à son œuvre.
Polybe (210/202 – 126) est un contemporain de l’affranchissement du monde hellénistique et de la conquête de la Grèce par les romains. Il écrit 40 livres d’Histoire, où il tente de comprendre la victoire de Rome. Méthodique et érudit, il cite des documents officiels qu’il a consultés et analysés.
L’histoire de l’antiquité est un genre littéraire et les historiens sont contemporains aux évènements. L’Histoire est valorisé par un passé au détriment du présent, analysé comme difficile.
L’Antiquité tardive a été infléchie par l’Histoire chrétienne qui va devenir une théologie de l’Histoire marquée par Saint-Augustin (354-430). Il est le premier a concevoir le temps de façon linéaire. La cité terrestre est une cité qui n’est pas immuable mais en devenir et qui peut se rapprocher de la Jérusalem Céleste. Ce n’est plus la vision statique comme avant. C’est dans cette pensée que l’époque médiévale s’éveille.
II) Durant l’époque médiévale
L’Histoire médiévale est une période de désintérêt pour l’Histoire ou elle est considéré comme paralysé jusqu’au XIIème siècle par l’emprise théologique. Ceux qui font l’Histoire sont les moines et les clercs. Ces derniers n’ont pas une vision augustinienne, dynamique mais plus statique. C’est Dieu qui domine et l’Homme est soumis à Dieu et aux aléas.
La production religieuse est l’hagiographie, c’est le récit de la vie de saint où l’on va mélanger à des évènements biographiques des actions pieuses et des miracles. Par exemple, l’Histoire des francs de Grégoire de Tours en quarante volumes, n’a d’histoire des francs que son titre car cet ouvrage s’intéresse plus largement aux évêques qu’à ce peuple. Au XIIème siècle, une rupture s’effectue, et le renouveau de l’Histoire se tisse avec le devenir des marchands à la place de celui des religieux. En effet, la temporalité est maîtrisée par l’Homme. C’est le début d’une construction de l’Etat, ou selon Hegel, le début de l’Histoire pour justifier leur place. Nous pouvons retenir quelques exemples tels que : Hardoin, Récit de la IVème croisade, qui justifie sont détournement vers Constantinople, Joinville, Le récit de la VIIème croisade conduite par Saint Louis et qui écrit la biographie du roi jusqu’à sa mort, et Froissard, Historien de la Cour pendant la Guerre de Cent Ans, retrace des évènements contemporains.
Comme on a pu le voir, le Moyen Age a peu de travaux historiques et méthodologiques ; toutefois, il faut attendre l’humanisme de la Renaissance pour voir apparaître la critique des sources.
III) L’époque moderne.
La Renaissance pose un nouveau rapport au temps, cela vient avec le tournant des réformes. Les hommes vivent de plus en plus dans le présent. Cette période se caractérise en trois points : par l’érudition, on a une reconnaissance des auteurs antiques, puis sous l’impulsion de l’imprimerie, qui joue un rôle primordial, nous avons une diffusion des connaissances.
La Renaissance voit aussi l’apparition d’une nouvelle science : la philologie (philos : ami et logos : discours), c’est donc une science du document écrit du point de vue de leur étude critique, l’étude du rapport avec l’ensemble de la civilisation, et l’étude des mots et de leurs origines.
Ce qui caractérise cette époque, c’est la mise en place de l’approche critique. En 1681, est inventé la diplomatie qui étudie des textes officiels médiévaux dont la première analyse a été faite par Mabillon (1632-1707). Cette Histoire reste littéraire et s’apparente à une histoire de morale et de politique.
Cependant, il faut attendre Les Lumières pour voir un intérêt pour le futur qui ne soit pas l’au-delà. C’est l’idéologie du progrès, le temps est valorisé par l’avenir.
IV) La période du XIXème siècle : naissance de l’âge scientifique et critique : naissance de l’Histoire.
Comme une constitution lente d’une science, les années 1800 à 1870, voit une période d’éclosion de l’Histoire. Puis les années 1870 aux années 1890, c’est une constitution d’une Histoire institutionnelle et la proposition d’une méthode. L’école méthodique, première école historique, critiquera par la suite cette Histoire institutionnelle.
Au XIXème le goût de l’Histoire est grand, il faut s’intéresser à ce qui s’est passé quelques années plus tôt : c’est le coup de tonnerre de la Révolution. Une première période se situe entre 1800 et 1970. Des historiens du XIXe siècle vont essayer de répondre en remontant dans le temps pour comprendre les problèmes sociaux qui ont contribué à la Révolution. Tocqueville, Thiers, Michelet et bien d’autres vont vouloir comprendre ce phénomène. D’autres, au contraire, rejettent le présent dans la littérature et dans l’Histoire : c’est le romantisme. Ce courant s’enthousiasme pour des périodes plus lointaines, comme par exemple le Moyen Age qui est la période de la spiritualité. On peut citer, Walter Scott pour son goût de la chevalerie. L’érudit est aidé par le gouvernement de la monarchie qui est en train de s’instaurer. En 1821, Louis XVIII fonde l’école de Chartes ou l’on apprend à lire les manuscrits et à les analyser. La monarchie de Juillet prend des mesures pour valoriser l’historien car de nombreux hommes politiques libéraux ont fait l’histoire. 1833, création de la société Histoire de France par Guizot, 1833 : obligation de créer dans chaque commune de France une école. L’école est devenue obligatoire en 1882. 1846 : création de l’école française d’Athènes.
Cette histoire nouvelle est incarnée par des historiens comme Auguste Thierry (1795-1856) qui publie en 1827 les lettres sur l’Histoire de France, ou il montre l’importance de l’Histoire et comment l’Histoire n’est pas une fiction ou une œuvre d’imagination. C’est l’idée de distinction entre écrivains et historiens. Ainsi, nous pouvons aussi citer Prosper de Barante (1782-1866) qui publie Histoire des ducs de Bourgogne ; Guizot (1787-1874) dont ses œuvres sont marquées par l’histoire des institutions ; Fustelle de Coulange qui est connu comme antiquisant ; et Michelet (1798-1874) qui est un personnage central, il s’intéresse à l’Histoire par rapport aux documents, il travaille aux archives nationales.
L’historien est une personne passionnée, c’est aussi un artiste, il a un style, une personnalité.
La deuxième période, 1870-1900, marque un tournant. Après la défaite de la France en 1870, l’Allemagne remporte une victoire de la pensée. Cette supériorité allemande tient à la formation de base et à la supériorité historique de l’école allemande. Or après la défaite, cette école ne peut plus être un modèle. Il faut construire une nouvelle pensée française, dont l’Histoire est une science.
1876 : la revue historique est créée par Gabriel Monod (1844-1912). Son école méthodique ou école positiviste veut une acception de la précocité allemande, faire une comparaison franco-allemande, et inciter à trouver des solutions pour faire des différences entre allemands et français en restant indépendant par rapport à la politique et la religion.
Dans Introduction aux études historiques de Langlois (1863-1929) et Seignobos (1854-1942), ces derniers font le premier manuel pour former des étudiants en histoire et ils auront une forte influence jusqu’en 1930.
La pratique de l’école méthodique fonde la manière de travailler des historiens pendant la IIIème République, en montrant les personnages marquants de l’Histoire de France.
L’année 1929 est un tournant. L’école des Annales naissait sous Lucien Febvre et Marc Bloch. Cette école fait la critique des historiens méthodiques de la fin du XIXème siècle. Un conflit impose la notion d’évènement, de la politique sur le social.
En 1945, la seconde école apparaît. Elle réalise le projet initial de faire de l’histoire sociale. Ce mouvement se fait autour de F. Braudel et E. Labrousse. Braudel a une approche économique et de longue durée. Il structure l’histoire économique, l’histoire des ports et l’histoire moderne dans sa thèse : la Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. Il a une approche économique et de longue durée. Il continue les Annales et développe un autre cadre : les Hautes Etudes en Sciences Sociales. Qu’en à Labrousse, il développe une histoire sociale, et il s’intéresse à l’histoire quantitative des mécanismes des crises d’Ancien Régime dans son ouvrage Comment naissent les Révolutions ?
Des multiples thèses sont alors ébauchées et le développement de l’histoire sociale est enclenché.
V) Les historiens des mentalités.
Dans le même temps naît l’histoire des mentalités où on s’intéresse à la religion, à la mort, à l’éducation. Elle naît dans les années 1960-1970 au moment où la société change. L’Histoire sociale est très marquée par la lutte ouvrière, or les études se portent sur des rits quantitatifs. Ils s’intéressent aux inconnus, aux oubliés de l’histoire avec des travaux sur les marginaux, sur les prisons, les prostitués et sur les rôles sociaux tels que le mariage ou la vie familiale. C’est en ce sens que les historiens ont travaillé les sources, ils font donc une relecture des sources et des archives.
Dans Les mentalités : Une Histoire Ambiguë, 1974, Jacques Le Goff met en avant le fait que la nouvelle histoire est une expression de ces nouvelles façons de faire l’Histoire. On cherche une rénovation de l’histoire à travers le structuralisme de Claude Lévi-Strauss mais aussi par archéopsychologie d’André Varagnac et donc de reprendre : l’archéologie, la psychologie et l’ethnologie pour travailler l’histoire. Ce ont des travaux portant sur une histoire immobile, froide des permanences.
Michel Foucault porte aussi la pierre à l’édifice. Il définit l’historien comme une archéologie du savoir. Cette pratique de l’histoire est un éclatement, ou comme le dit Pierre Nora c’est : « la dilatation des champs d’expérimentations ».
Durant les années 1980, l’Histoire est au cœur du tournant critique des Annales. Les représentations sont remises en cause par rapport à l’histoire sociale qui s’intéresse plus à l’histoire des représentations et du lingistic turn, car ces représentations tournent sur un discours, plus que sur des faits. Nous pouvons citer Alain Corbin qui s’est illustré dans ce domaine. Même encore aujourd’hui l’Histoire des mentalités est présente dans le panthéon historique.
VI) Histoire culturelle.
L’Histoire culturelle va piocher dans différents travaux de sociologie de Durkheim, Foucault ou de Norbert Elias. Pour Norbert Elias, qui analyse la société de cour de Louis XIV en montrant une structure sur des représentations et des symboles, a entraîné un processus de civilisation de la société européenne, de cloisonnement, de mise à distance de la violence.
Cette histoire est née de l’histoire sociale et de l’histoire des mentalités et est marquée par l’anthropologie avec des vues sur le long terme où se retrouvent Mandroux et Philippe Ariès.
R. Chartier et D. Roche sont les deux historiens modernistes qui ont travaillé les premiers sur une histoire culturelle.
Chartier est professeur à l’EHESS, il a travaillé sur le livre et le théâtre et avec Norbert Elias, sur la relation avec le public. Daniel Roche, professeur à la Sorbonne, au Collège de France et à l’EHESS, a travaillé sur les sociétés savantes et les académies de provinces. Il s’est demandé comment ces sociétés savantes ont-elle pu jouer ou on un rôle dans l’émergence de la Révolution française. Puis il a élargit ses recherches avec la culture matérielle donc plus large que le sont les pratiques qui ressortent de la culture des manières d’être d’une société, des façons de vivre, des objets, ou il montre l’importance des vêtements dans une civilisation matérielle.
Pascal Ory, spécialiste d’histoire contemporaine, élève de René Raymond, travail sur les pratiques culturelles des français (théâtre et gastronomie) et publie en 1987 un manifeste : Pour l’histoire culturelle avec Jean-François Sirenelli. Ils donnent une définition de l’histoire culturelle qui vise à créer une approche historique distincte de l’histoire sociale et économique.
L’histoire culturelle se défini comme une histoire sociale des représentations, objet de la culture, des institutions et des cadres dans lesquels s’élaborent ces objets de culture. Par exemple Alain Corbin travaille sur les cloches des villages : histoire matérielle et sonore. Et aussi Michel Pastoureau qui a travaillé sur la couleur bleu et ses utilisations.
VII) Vers une Histoire du Corps.
Parler d’Histoire du corps, c’est avant tout parler d’ouvrages majeurs qui ont fait la matière.
Je pense qu’il faut mettre en avant une œuvre de 1924 de l’historien Marc Bloch, Les Rois thaumaturges. Etude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulière en France et en Angleterre, ce sous-titre est fort de sens. Ici, Marc Bloc traite des pouvoirs miraculeux des rois de France et d’Angleterre par le toucher des écrouelles. En effet, ce livre utilise une approche d’anthropologie historique, d’histoire des mentalités et d’histoire comparée.
Le deuxième livre considéré comme un tournant : Le miasme et la jonquille d’Alain Corbin composé de 334 pages, ouvrage dédié à l’odorat et à l’imaginaire social des XVIIIe et XIXe siècles il se situe au carrefour de l’anthropologie, de la psychologie et de l’histoire..
Un ouvrage plus récent, du même historien, peu aussi retenir notre attention, L’harmonie des plaisirs, les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie a travers le plaisir des sens et du corps, Alain Corbin retrace la vie sexuelle. Cet ouvrage exprime, dans le XVIIIe et le XIXe siècle, la sexualité, l’hétérosexualité, l’homosexualité, bref une histoire des unions charnelles entre les femmes et les hommes, entre hommes et hommes, entre femmes et femmes, mais aussi le plaisir solitaire.
Jean-Claude Bologne a étudié Une histoire de la conquête amoureuse en 2007. Il met en avant la conquête amoureuse de l’Antiquité à nos jours et l’histoire de la séduction au travers de grandes figures de l’histoire comme Ovide, Don Juan.
Des historiens comme Georges Vigarello, Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Rafael Mandressi, Roy Porter se sont posés une question à la fin des années 1970 : « peut-on concevoir une histoire du corps ? ».
Georges Vigarello est directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il a beaucoup travaillé sur l’histoire de l’hygiène, de la santé, des représentations du corps et des pratiques corporelles. En 1987, Le propre et le sale, l’hygiène du corps depuis le Moyen Age donnait un nouveau regard sur les sociétés du passé. L’angle le plus complexe est mise en lumière, dans cet ouvrage, c’est celui de l’hygiène envisagé comme un ensemble ou une extension du corps comme un objet binaire entre le propre et le sale. Dans l’ensemble de ses ouvrages, une attention est portée sur l’attitude physique, le mal être physique, la violence ou une pratique physique.
Jean-Jacques Courtine est professeur d’anthropologie culturelle et il a longtemps séjourné sur la Côte Ouest des Etats-Unis. Il a travaillé sur différents domaines : histoire du visage. Exprimer et taire ses émotions du XVIe siècle au début XIXe siècle, 1988. Il travaille actuellement sur l’exhibition des monstres humains. (Voir article de la conférence des rendez-vous de l’histoire de Blois 2009).
Rafael Mandressi est spécialiste de l’Histoire de la médecine et des savoirs sur le corps. Il a aussi travaillé sur l’Histoire de la dissection à l’époque moderne. Il a aussi mis en avant une histoire de l’historiographie de la médecine. Un livre de 2008 met en avant La demeure des Intelligences : une histoire du cerveau et aussi en 2003 Le regard de l’anatomiste. Dissections et invention du corps en Occident.
Les historiens s’intéressent de plus en plus à l’histoire du corps et ils s’aperçoivent que les objets d’études sont : la sexualité, la santé, l’esthétique, l’alimentation. Georges Vigarello a étudié le sport et l’hygiène, le viol, la beauté. Dans ces travaux Georges Vigarello comme d’autres historiens du corps ont marqué la production anthropologique.
Je pense que les domaines du corps sont infinis, surtout en multipliant l’idée du corps dans les différentes matières. On peut aussi bien travailler sur la chair, les os, l’anatomie, la physionomie. Mais aussi les fonctions biologiques : comment marcher, manger, dormir, faire l’amour.
Cette histoire peut autant façonner l’histoire du sensible, avoir faim, avoir froid, sentir, avoir mal. Une histoire de la dissection, des représentations anatomiques sont étudiés par Mandressi.
Cette approche du corps est complexe dans l’évolution des représentations et des normes des époques. Mais ce sujet peut ouvrir de nouvelle porte pour comprendre les civilisations du passé.
VIII) Le corps dans l’Antiquité.
Depuis quarante ans, la production scientifique tend à montrer que le corps est devenu un objet d’étude car cela est dû aux études anthropologiques historiques des années 1970.
Dans l’Antiquité, le corps est omniprésent. Il est représenté dans les figures plastiques, sculptées etc. Les premiers, a avoir étudiés le corps dans le monde ancien sont avant tout les auteurs antiques : les médecins et les philosophes qui ont des concepts quelques peu étranges, dans le sens où cela diffère totalement de nos conceptions actuelles.
Le corps a une double lecture, pour les mondes anciens il incarne le beau, il appartient aussi à une hiérarchie sociale, le corps est aussi comparé au corps parfais des héros mythiques avec notamment celui d’Ulysse mais aussi d’Hercule, C’est par le biais du corps qu’il faut comprendre et penser les enjeux médicaux et philosophique des cités grecques, bref les historiens de l’antiquité étudient le corps à travers les sculptures, l’iconographie, la littérature dans les époques archaïques. Pour comprendre le corps de l’homme ancien, il faut aussi se poser la question : quel corps pour la femme ? Différents, sans aucun doute, mais une étude comme cela doit être complémentaire sur le corps de l’Homme. Nous pouvons pousser le vice encore plus loin en exposant les rites funéraires. Mais dans une autre mesure, le corps est conçu par la séparation institutionnelle. On a un corps servile, celui des hilotes à Sparte, un corps isonomique en Grèce. Toutefois, le corps peut-être étudié sous plusieurs formes : l’adultère, la maternité, le regard de l’homme sur la femme, la pédérastie.
Toutefois, on peut mélanger diverses disciplines comme comment comprendre la parenté dans l’Antiquité, ce sujet doit, étroitement, lier la parenté via l’anthropologie et via une histoire des noms. Toutes ces études mentionnées plus haut peuvent être étudiée sur différentes périodes, mais c’est dans l’Antiquité que certaines lacunes demeurent.
En guise de conclusion, nous pouvons affirmer que le corps est un objet d’Histoire à part entière. Il est à la fois la clé de compréhensions de civilisation et à la fois une étude d’un support appelé corps. On peut remarquer que selon les époques la vision que l’on a de ce corps change considérablement, il change également selon les genres, les différentes classes sociales, par exemple le corps d’un esclave en Grèce ne sera pas vu de la même façon que le corps d’un citoyen, et donc son traitement diffère également.
Jérôme Lambourg.
Biographie de Françoise Héritier
Françoise Héritier est née en 1933 et est une anthropologue française mondialement reconnue. Elle suit les théories de Claude Lévi-Strauss portant sur le structuralisme. Cela dit, elle va s’intéresser aux sociétés africaines, et plus particulièrement aux théories de la prohibition de l’inceste et sur la théorie de l’échange.
Sa carrière exemplaire est difficile à résumer en quelques lignes, mais nous pouvons toujours essayer.
Son désir de jeunesse, être professeur d’Histoire. Pour se faire, elle passe une licence d’Histoire, mais une rencontre avec Claude Lévi-Strauss va lui changer la vie. Sa carrière professionnelle commence en 1957 ou elle devient chercheur contractuelle à l’Institut des sciences humaines appliquées de Bordeaux. Et durant la même année, elle participe à des missions au Mali et au Burkina-Faso.
En seulement l’espace de 10 ans, c’est-à-dire de 1959 à 1967, elle est successivement chercheur contractuel à l’Institut national d’études démographiques, chef de travaux à l’école des hautes études en sciences sociales, puis directeur du Centre d’analyse et de recherche documentaires pour l’Afrique noire.
Par la suite de 1967 à 1982, Françoise Héritier est attachée, puis maître de recherche au CNRS. C’est à partir de 1980 qu’elle devient directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Poste qu’elle occupera jusqu’en 1999.
Enfin de 1982 à 1999, elle cumulera le poste de Professeur au Collège de France et de directrice du Laboratoire d’anthropologie sociale.
Cette carrière de recherche mêle aussi une carrière bien récompensée.
En 1978, Mme Héritier a reçu la médaille d’argent du CNRS pour les Sciences humaines. En 1994, elle obtient un doctorat honoris causa de l’Université libre de Bruxelles et en 1999 un doctorat honoris causa de l’Université de Lausanne.
Depuis 1999, les récompenses se succèdent : membre correspondant de l’Académie des Sciences de Buenos Aires, officier de la légion d’Honneur, commandeur du Mérite, et des Arts et Lettres, palmes académiques, prix costantino Nogra, décerné par l’Université du Piémont et grand officier de l’ordre national du mérite.
Elle a, également, reçu le prix Irène-Joliot-Curie en 2001, créé la même année, qui a pour but de promouvoir la place des femmes dans le milieu scientifique.
Il est très difficile de sélectionner les ouvrages et les articles, car ils sont à mon sens très intéressent. Mais nous pouvons en retenir quelques uns :
Articles :
- « Remarques sur l’énoncé des interdits matrimoniaux », L’Homme, 1968
- « Univers féminin et destin individuel chez les Samo », colloque international sur la notion de personne en Afrique noire, 1973
- « Symbolique de l’inceste et de sa prohibition », in La Fonction symbolique, 1979
- « La valence différentielle des sexes au fondement de la société », Journal des Anthropologues, 1991
- « Privilège de la féminité et domination masculine », Esprit, 2001
- « Et si les hommes pouvaient faire leurs fils…Pourquoi s’est instaurée la domination masculine », La Recherche, hors-série, 2002
Ouvrages :
- L’exercice de la parenté, 1981
- Les Complexités de l’Alliance, en 4 volumes, 1990
- Les deux sœurs et leur mère. Anthropologie de l’inceste, 1994
- De l’inceste, 1994
- La parenté spirituelle, 1995
- De la violence I, 1996 et De la violence II, 1999
- Contraception : contrainte ou liberté (avec Baulieu et Leridon), 1999
Sa dernière parution date de 2009 : Une pensée en mouvement, textes réunis par Salvatore d’Onofrio.
Ce livre met en avant la carrière que j’ai essayé de retracer. Elle succède à Claude Lévi-Strauss au Collège de France et elle explique comment elle a développé sa théorie de la parenté. Cette femme engagée aussi bien intellectuellement que politiquement, nous laisse un souvenir agréable dans notre esprit.
Je dirai que deux mots : Merci Madame.
Je laisse le mot de la fin à Françoise Héritier (Une pensée en mouvement) :
"Dans ma jeunesse, j'étais plus intéressée par l'ailleurs et l'autrefois, que par l'ici et le maintenant... Ma rencontre avec Claude Lévi-Strauss a changé ma vie en m'orientant vers l'anthropologie sociale. Je n'ai ni la prétention ni la naïveté de croire que l'anthropologie sert directement à changer les mentalités, mais elle participe â la vie de la Cité, tant par sa réflexion que par ses actions, et mobilise son savoir dans des domaines nouveaux qu'il lui faut baliser : le rapport entre les genres masculin et féminin, le changement des formes de la vie sexuelle, conjugale, familiale, l'avenir de la recherche, les rapports entre communautés, les difficultés de la jeunesse, la constitution de l'identité et de l'altérité par le regard, etc. Il s'agit aussi, dans ces pages, de rapprocher des imaginaires, de faire comprendre des milieux et des itinéraires, de retracer le cours d'une pensée dont je crois pouvoir dire qu'elle est, toujours et encore, en mouvement." Françoise Héritier.
Jérôme Lambourg
Du boulet au bracelet éléctronique, des corps sous main de justice

Cette table ronde autour du corps emprisonné a eu lieu le jeudi 8 octobre à l’Amphi Rouge du Campus de la CCI, de 17h à 18h30. Elle était organisée par l’ARAPEJ de Blois, c'est-à-dire l’Association-Réflexion-Action-Prison-et-Justice, et réunissait Christiane Perrin, la présidente de l’ARAPEJ, Alain Cugno : philosophe et vice-président de la Fédération des ARAPEJ et Pierre V. Tournier, directeur de recherches au CNRS et qui a également mené une recherche sur les arrangements des peines privatives dans les établissements pénitentiaires du ressort de la cour d’appel d’Amiens. Un quatrième intervenant : Jean Charles Froment, professeur de droit à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble II, était prévu mais n’a malheureusement pu assister à la conférence, il était en effet retenu chez lui pour des raisons personnelles. L’organisation de cette table ronde en a donc été un peu modifiée.
C’est donc Christiane Perrin qui a ouvert le bal par une introduction sur ce thème de l’homme et de la prison. La prison frappe l’imaginaire collectif par ses zones d’ombres et ses mystères. Le châtiment corporel, la prison moderne ou républicaine, le bagne : depuis tout temps, l’homme n’a cessé d’élaborer des stratégies pour restreindre le corps de celui qui avait fauté.
L’année 1789 est marquée par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, deux ans plus tard : la prison devient le premier lieu de l’accomplissement de la peine. Après la Seconde Guerre Mondiale vont se dessiner les grandes lignes de la peine pénitentiaire qui sont encore d’actualité à au XXIème siècle.
Aujourd’hui on parle également de « prison ouverte » c'est-à-dire avec des moyens, tels que le bracelet électronique entre autres, qui introduisent le consentement et la responsabilité du détenu, il devient l’acteur de sa détention.
Certes le thème de l’enfermement est abordé mais il ne faut pas oublier celui de la sortie de prison qui doit être préparé et encadré.
Pierre V. Tournier a abordé le concept du corps sous main de justice, c’est un concept contemporain qu’il a divisé en deux temps. Tout d’abord il faut définir et quantifier les concepts, pour lui il y en a quatre qui sont très enchevêtrés. On retrouve tout d’abord l’idée du corps sous écrou à savoir : la prison. En fait l’écrou désigne l’acte juridique qui fait que l’homme est placé dans un établissement pénitencier, c’est donc un corps détenu. C’est une notion compliqué particulièrement en ce moment, en effet on compte 66 000 corps sous écrou en France, soit un habitant sur mille, chiffre qui est en constante augmentation depuis quelques années, mais pourtant sur ces 66 000 personnes, toutes ne sont pas en détention. Aujourd’hui il existe d’autres formes de contraintes, notamment électronique, qui permettent une absence de détention dans l’établissement pénitencier. On assiste en ce moment à un débat à l’assemblée et au Sénat sur cette question : comment éviter l’augmentation du nombre de détenu grâce à ce système de surveillance électronique. Deuxième concept : c’est justement celui de ce corps sous surveillance électronique qui a donc déjà été bien évoqué. Autre idée : celle du corps sous main de justice qui comprend les détenus, les personnes sous surveillance électronique et ceux qui sont compris dans un ensemble de mesures qui leur permettent de ne pas aller en prison comme par exemple le travail d’intérêt général ou ceux qui bénéficient d’un contrôle judicaire. Enfin troisième et dernier concept : celui du corps enfermé. Bien sûr il est question de l’enfermement dans les prisons, mais pas seulement puisque l’on retrouve également l’enfermement légal dans les ministères et les institutions, mais également un enfermement plus complexe qui est celui dans les hôpitaux psychiatriques. En France, on parle d’UMD, que l’on retrouve dans certains hôpitaux psychiatriques, c'est-à-dire les Unités pour Malades Difficiles encadré uniquement par des équipes soignantes, il s’y côtoient trois catégories de personnes toutes dangereuses : ceux qui ne sont jamais passés à l’acte donc qui n’ont jamais tué mais qui sont très susceptible de le faire, ceux qui ont tué (et se sont presque exclusivement des hommes) mais qui au cours de leur processus pénal ont été déclaré irresponsable aux yeux de la loi car atteint pour la plupart d’une maladie mentale et enfin ceux qui ont tué mais qui ont été jugé responsable mais qui vont au cours de leur emprisonnement : « péter un plomb» et devenir dangereux pour eux et les autres détenus. C’est au vu de ce mélange, de ce melting-pot entre personnes que la question de l’enfermement devient complexe. En France aujourd’hui on compte 77 000 personnes qui sont enfermé que se soit dans le cadre de la prison (donc une mise sous écrou), ou alors dans un hôpital psychiatrique, dans un lieu de rétention administrative, les personnes en garde à vue sont également prises en compte. Chaque année 780 000 décisions d’enfermement, qui peuvent être inférieures à 24 heures, sont prises par une autorité légale. Un seul homme en France est en prison depuis plus de quarante-cinq ans, et il n’est pas prêt de sortir, tout du moins pas de son vivant, car il a écopé de deux peines de prison à perpétuité.
Pierre V. Tournier a ensuite entamé la deuxième partie de son développement sur la définition du placement sous surveillance électronique aujourd’hui en France. Il existe deux formes de ce système de placement : la première est une surveillance mis en place en France en 1997, elle permet de s’assurer que le détenu reste dans un lieu (le plus souvent sa maison) lors d’horaires définis. C’est un système assez limité mais qui gère néanmoins 4 000 personnes en France. Le second moyen de contrôle est la surveillance mobile avec un GPS, un contrôle 24 heures sur 24 et il y a également la possibilité des zones d’interdiction surtout dans le cas des pédophiles qui n’ont pas le droit d’approcher des écoles ou touts autres lieux fréquentés par des enfants.
Alain Cugno a quant à lui étudié le problème sous une approche plus philosophique. Il s’est notamment posé la question très complexe, à savoir de quel droit puis-je enfermer mon semblable ? Il apparait impossible d’enfermer son semblable car ce dernier est forcément libre et cela de manière irréductible. Le lien de cohésion par la liberté et par l’indépendance réciproque fait partie du concept de loi. En fait la loi est présente pour que nous puissions être libres. La légitimité qu’il a à enfermer quelqu’un est donc aussi difficile à établir que la légitimité qu’il y a à tuer quelqu’un.
La question de l’enfermement psychiatrique est également abordée avec cette interrogation : qu’est-ce qui nous autorise à enfermer quelqu’un dont nous pensons que son état psychique ne peut le laisser dehors ? Le droit d’enfermer la folie se fonde sur la dangerosité, et sur le fait que la réalité est devenue un danger pour le fou. Il y a donc une rupture entre lui et nous. L’enfermement psychiatrique prend plus la forme du soin, de la thérapie dans le but de protéger. Le problème qui se pose aujourd’hui est que les gens ont fait un peu vite le rapprochement entre phénomènes psychologiques et délinquance : on a désormais tendance à « psychologiser » la délinquance et on fait également de la « folie délinquante ».
On ne peut pas banaliser l’enfermement de quelqu’un, la prison étant désormais la peine ultime, elle est par conséquent la peine de dernier recours. En 1981 on assiste à l’abolition de la peine de mort, ce fut bien sur une grande évolution mais qui ne fut pas comprise dans sa finalité. A partir du moment où la peine de mort a été aboli, l’opinion publique a cru que désormais toute peine de mort serait commué en peine de prison à perpétuité, et pourtant ce n’est pas le cas, mais la prison a « avalé » la peine de mort. La peine de prison doit être vue en terme de vie et non de mort.
Des affirmations sont faites par l’ensemble des détenus : le refus que l’institution pénitentiaire soit vu comme le lieu qui leur ait permis de se transformer. Il y a également la reconnaissance des détenus envers quelques personnes travaillant dans ce milieu pénitencier : les gardiens, le directeur par exemples.
En conclusion de son développement, Alain Cugno rappelle que la prison n’est pas faite pour la réinsertion mais qu’au contraire, elle doit tout faire pour cette réinsertion, son but réel reste la garde de prisonnier
Pierre V. Tournier et Alain Cugno ont souhaité clore la conférence par une lecture de l’ouvrage de Victor Hugo : Les Misérables.
Cette conférence a permis une approche pluridisciplinaire de ce thème du corps emprisonné. Il permet aussi de comprendre à quel point ce sujet est actuel, d’autant plus à l’heure où l’on parle du procès de Francis Evrard qui a commencé récemment. Cet homme condamné à trois reprises depuis 1975 pour attentat à la pudeur et viols sur mineurs, avait récidivé en 2007 sur un enfant de cinq ans, quelques mois à peine après sa sortie de prison. Cette affaire relance le débat sur le contrôle des délinquants sexuels à leur sortie de prison.
Lydia B.
Il est possible de se renseigner sur ce sujet e consultant le site d’Arapej : http://www.arapej.fr/, mais également en consultant les publications de Pierre V. Tournier, dont voici quelques exemples :
_ Violences sexuelles. Approches de démographies pénales, Observatoire national de la délinquance (OND), Collection « débat », n°1, janvier, 2008, 37 pages.
_ Loi Pénitentiaire. Contextes et enjeux, Editions l’Harmattan, coll. Sciences criminelles – Controverses, janvier 2008, 114 pages
_ Quand nécessité fait loi. Alternatives à la détention : faire des mesures et sanctions privatives de liberté l’ultime recours ? Contribution au débat sur le projet de loi pénitentiaire. Université d’Aix-en-Provence Marseille 3, Colloques « Enjeux et perspectives de la loi pénitentiaire », 27 septembre 2008, Revue pénitentiaire et de droit pénal, Éditions Cujas, octobre décembre 2008, n°4, 827-854
_ Le Babel criminologique. Formation et recherche sur le phénomène criminel : sortir de l’exception française ? Colloque du 3 février 2009, au siège du CNRS, Éditions l’Harmattan, coll. Criminologie (sous la direction de Pierre V. Tournier)
jeudi 19 novembre 2009
Sous l’illustre présidence du cinéaste et écrivain Claude Lanzmann, les Rendez-Vous de l’Histoire 2009 ont été à l’origine du décernement d’un nouveau titre cinématographique : le prix du cinéma de fiction historique du temps présent.
De nombreux films ont été inscrits sur la liste des nominations, pour finalement voir sacrer le premier long-métrage de Steve Mc Queen, « Hunger ».
Mais quelle portée donner à ce nouvel honneur ? En réalité son titre est suffisament équivoque, car il entend décerner un prix à une œuvre de fiction dont l’écriture et la mise en scène ont apporté une contribution notable à la compréhension du temps présent et au travail de mémoire. C’est en cela que le scénario de « Hunger » s’est inscrit dans la vision et l’objectif donné à ce nouveau prix.
Prison de Laze, Irlande du Nord, 1981. Le réalisateur plonge notre regard critique de spectateur au sein du quartier H de cette prison, où sont incarcérés les prisonniers politiques, membres de l’IRA. Depuis près de cinq longues années, la grève des couvertures et de l’hygiène fait rage et conduit à de sanglantes intercations entre gardiens et prisonniers.
La revendication est simple : obtenir le statut de prisonnier politique, aboli suite à une décision du parlement britannique du 1er mars 1976.
Pour cela les prisonniers utilisent leurs corps comme dernier geste d’espoir, comme dernier moyen de protestation. Refusant de se laver, de porter des vêtements civils, étalant leurs excréments sur les murs de leurs cellules, ils soumettent les gardiens à une pression psychologique des plus rudes, dans le seul but de les faire céder à leurs revendications.
Steve Mc Queen a écrit en 2008, à la suite de la réalisation de son premier long-métrage :
« La conception du corps comme champ de bataille politique est une notion des plus actuelles. Il s’agit de l’acte de désespoir ultime car le corps humain est la dernière ressource de la contestation ».
A cela s’ensuit une grève de la faim organisée par le leader en chef des prisonniers politiques du quartier H ou la célèbre figure historique de Bobby Sands.
Cet homme a été plongé, dès sa plus jeune enfance, dans les tourments de la vie politique de son pays. De famille catholique, sa maison fut attaquée en 1972 par des protestants. A 18 ans, las des menaces répétées de ses collègues protestants envers sa religion, il rejoint les forces de l’armée républicaine irlandaise. Arrêté puis jugé pour ses actes terroristes, il sera ensuite incarcéré à la prison de Larz où il continuera de mener la révolte des prisonniers. Ainsi, en mars 1981, Bobby Sands décide de frapper encore plus fort et entame une grève de la faim.
Ses paroles, prononcées lors d’une discussion avec un prêtre catholique, montrent à quel point sa détermination était forte :
« Ma vie c’est tout pour moi. La liberté, c’est tout. Je ne mets pas ma vie en jeu parce que c’est la seule option mais parce que c’est juste »
Durant 66 jours, le spectateur va suivre Bobby Sands dans sa lutte sans merci contre son corps qui, privé de nourriture, se détériore à vue d’œil. Aucune scène, aucun spectacle ne nous est épargné, allant de la vision du sang craché à celle de son dernier souffle rendu entre les bras de sa mère. A 1h17, le 5 mai 1981, Bobby Sands décède après soixante-six jours de supplice. Il a alors 27 ans et vient d’être élu député au parlement de Westminster.
Neuf autres prisonniers le suivront dans la mort, avant que le mouvement de grève ne prenne fin avec la reddition du gouvernement britannique qui se rend aux exigences de prisonniers. Néanmoins, le statut de prisonnier politique ne verra pas le jour et les prisonniers de l’IRA, incarcérés dans le quartier H resteront considérés comme des prisonniers de droit commun.
Choquant. Exagéré. Répugnant. Désolant. Autant d’adjectifs qui nous viennent en tête au moment où le générique se projette sur le grand écran.
Des hommes qui en viennent à martyriser leur corps, à le pousser jusqu’à la mort pour parvenir à des fins politiques paraît une vision aberrante. Pour nous qui vivons dans un pays où nos libertés sont respectées, où nous pouvons sortir dans la rue sans se faire agresser, il nous semble improbable de devoir en venir à de telles fins pour nous faire entendre.
Cela s’est passé il y a une vingtaine d’années mais cela se passe encore dans de nombreux pays. L’Irlande est ici montrée en exemple en ce qu’elle constitue l’image d’un pays où les droits de l’homme sont respectés, un pays où la liberté est supposée être conservée pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant. Et pourtant…
Le sujet « Le corps dans tous ses états », exposé au sein des Rendez-Vous de l’Histoire trouve alors ici toute sa signification.
A la vision de tels massacres, de telles violences commises au nom d’un idéal, au nom d’un espoir politique, il nous faut nous interroger. Sommes-nous vraiment à mêmes de parler de liberté et de respect de soi si nous laissons un autre être humain se donner la mort au nom de ces notions ?
Ma réponse est simple : Non…
Nous ne pouvons nous regarder dans le miroir chaque matin, se maquiller le visage, préparer son corps à une nouvelle journée alors que des hommes et des femmes laissent leur même corps partir à la dérive et ce, parce que personne ne les écoute ou ne les comprend.
Nous ne pouvons rester là, assis dans nos fauteuils confortables à regarder ces corps entassés dans des prisons, ces corps qui attendent la délivrance finale car le monde les a oubliés.
Nous sommes tous des êtres humains. Nous avons tous le même corps. Nous avons tous droit à la liberté et au respect alors ne restons pas là à nous morfondre…
Nos corps doivent parler pour nous, mais pas de cette manière, pas comme ça !
mardi 17 novembre 2009
La douleur au sein du système concentrationnaire
L' histoire de la douleur connait un paradoxe suivant les époques. En effet, au 18ème siècle, la douleur est le guide du chirurgien. Petit à petit on va assister à une courbe de progression pour la promotion du malade en parallèle avec une courbe d'effondrement de la souffrance. Pourtant la première Guerre mondiale va marquer une régression dans cette histoire de la douleur. René Leriche va qualifier la guerre 14-18 comme « un déversement de la douleur ».
L'enfer organisé
Au sein des camps la douleur est généralisée, « la torture est l'essence même du IIIème Reich ».
Cela se traduit sous différentes formes: la faim, la soif, le froid....La faim et la soif sont des obsessions chez les déportés; « une faim lancinante » qui poussera certains au cannibalisme. Le froid au moment de l'appel martyrise les corps. A cela vient s'ajouter les poux, les maladies ( typhus,dysenterie).
La douleur est comme une norme dans les camps de concentration. Elle ne ravive plus les corps.
Une vie nue
Le pire, c’est la faim.
Utiliser la BD pour enseigner la grande guerre
Voici donc le sujet de ce débat. La bande dessinée est-elle un auxiliaire pédagogique pertinent? En quoi peut-elle rendre compte des enjeux culturels et mémoriels de la Grande Guerre?

Aujourd'hui la bande dessinée, à l'instar du cinéma ou de la littérature s'est emparée du phénomène « Grande Guerre ». La suggestion du passé et les enjeux mémoriels sont communicables à ceux qui n'ont pas vécu cet épisode de l' Histoire. La BD crée une sorte de mythologie de la Grande Guerre.
mercredi 11 novembre 2009
1989 : L'Europe de l'Est se libère

Cette conférence semblant bien intéressante d’après la description du programme : « Ouverture du rideau de fer, chute du mur de Berlin, révolution de velours, de la Pologne à la Tchécoslovaquie en passant par la Hongrie et l'Allemagne de l'Est, cette année 1989 va être celle de la fin de l'étau soviétique et de la liberté. » mettant au cœur du sujet Georges Mink, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’Europe centrale et orientale, Frédéric Bozo, professeur d'histoire contemporaine à l'université de la Sorbonne Nouvelle (Paris III) ainsi que des journalistes : Bernard Guetta, journaliste à France Inter spécialiste de géopolitique, et Sylvie Kaufmann et Michel Lefebvre journalistes au Monde.
Au début de cette conférence, les intervenants font une remarque importante : on ne peut comprendre la chute du mur de Berlin dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989 qu’en analysant cette grande année historique qu’est 1989. Celle-ci est considérée comme étant une annus miraculis d’après Adam Michnik (historien, journaliste, essayiste et ancien militant de l'opposition polonais. A. Michnik est directeur de publication de la Gazeta Wyborcza, le plus important quotidien national de Pologne).
Sylvie Kaufmann nous explique que la chute du mur est l’aboutissement d’un processus qui a débuté dans les années 1980-1981 avec les mouvements populaires et révoltes notamment en Pologne et en Hongrie.
Le processus s’accentue au cours de l’année 1989, en démarrant tout d’abord par une manifestation à Prague le 15 janvier commémorant la mémoire de Jan Palach, étudiant tchécoslovaque qui s'est immolé par le feu sur la place Venceslas à Prague le 16 janvier 1969 pour protester contre l'invasion de son pays par l'Union soviétique en août 1968.
Le 2 février, []le gouvernement communiste, pour mettre un terme aux grèves, accepte l’organisation d’une Table ronde avec les représentants du syndicat Solidarité. Le 5 avril, signatures des accords dits de la « Table ronde » entre le pouvoir communiste et Solidarność. Le Premier ministre Mieczysław Rakowski doit accepter l’établissement du pluralisme syndical et la démocratisation des institutions. Des libertés civiques et politiques sont accordées, Solidarité est légalisée et un Sénat librement élu institué. L’avancé dans ce processus est marqué par le 4 juin 1989 car en Pologne il y a des révolutions anticommunistes pacifiques qui sont couronnées de succès en Europe de l'Est. Et surtout par les élections législatives libres dans ce même pays avec la victoire de Solidarnoś. L’opposition remporte les élections, soit 35% des sièges à la Diète (65% étant réservés au parti communiste et à ses alliés) et 99 sièges de sénateurs sur 100. Le nouveau Parlement élit le général Wojciech Jaruzelski à la présidence de la République.
D’autres faits montrent que le processus est en marche : le 2 mai 1989, le gouvernement hongrois de Miklós Németh décide de démanteler le rideau de fer entre la Hongrie et l’Autriche. De plus, le 16 juin en Hongrie, on assiste à la commémoration de la mort d'Imre Nagy qui annonce la fin du régime communiste. Deux mois plus tard, la Hongrie prend unilatéralement la décision d’ouvrir sa frontière avec l’Autriche, mesure rendue définitive le 11 septembre. Les mois août et de septembre marquent le début de l'exode massif de réfugiés Allemands de l'Est par la Hongrie et la Tchécoslovaquie. Le 3 octobre, la RDA ferme sa frontière avec la Tchécoslovaquie pour éviter la poursuite de l’hémorragie. Privé de possibilités de sortie, les Allemands de l’Est se mobilisent en masse, affrontent la police à Berlin, à Leipzig et à Dresde.
Le 19 août, se produit un événement qui nous permet de comprendre très vite que l’aboutissement s’approche, car un Premier ministre non communiste, Tadeusz Mazowiecki, un des dirigeants de Solidarność forme un gouvernement de coalition en Pologne. Le rôle dirigeant du parti communiste est aboli.
Au mois d’octobre tout se précipite : le 6 octobre, le parti communiste hongrois devient « parti socialiste hongrois ». Le 18 octobre, Erich Honecker, secrétaire général du parti communiste et chancelier de RDA, quitte le pouvoir. Son successeur, Egon Krenz (18 octobre-3 décembre), à beau faire des concessions et rouvrir la frontière tchécoslovaque, il est dépassé par l’ampleur du mouvement de contestation. Le 23 octobre : l'Union soviétique propose la liquidation de sa présence militaire à l'étranger (base et troupes) : c'est la fin programmée du Pacte de Varsovie.
Alors que l’année 1989 voit se fêter le 28e anniversaire de la construction du mur de Berlin, elle voit aussi sa chute marquant pour de nombreuses personnes la fin symbolique de la guerre froide. Cependant, une partie des gens interviewés sont indifférents à ce qui s’est passé. En 1999, la commémoration, après les 10 ans de la chute du mur, n’a pas ramené beaucoup de personnes. La chute du mur, en effet, n’est pas forcément vu comme la fin du bloc de l’Est surtout du côté Est.
En France, nous en avons trop une idée symbolique.
Cette conférence m’a été très bénéfique sur le plan historique, m’a rappelé des souvenirs de mon année de terminal avec de nombreux détails en plus. Justement, ces détails ont parfois été un peu trop perturbateurs pour suivre correctement. La conférence a pris, par conséquent, une direction très historique et j’ai trouvé ça dommage. En effet, je pensais que le débat se tournerait plus sur les ressentis, les comportements face à la création de ce mur et surtout face à sa destruction dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989… pensant peut être à tort que la chute du mur de Berlin est le signe de la libération du bloc de l’Est.