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lundi 7 décembre 2009

Corps tatoué , corps percé

Le corps tatoué et percé, marqueur d’identité chez les jeunes



Présenté par David Lebreton, professeur à l’université de Strasbourg. Anthropologue et sociologue français, il est spécialiste des représentations et des mises en jeu du corps humain qu'il a notamment étudiées en analysant les conduites à risque.
Chaque individu possède une identité personnelle grâce à la peau. Cette identité selon les personnes peut être l’objet d’une mise en scène, ou d’une mise en valeur. La peau est notre enveloppe corporelle, et à travers elle nous pouvons manipuler notre corps et notre vie en ayant une impression de maitrise de soi.

De notre corps seul se voit la peau, on peut juger à l’apparence. La peau est une enveloppe narcissique, c’est l’organe le plus étendu du corps humain, qui dégage une odeur, elle laisse transparaitre nos émotions comme les rougissements.

La peau nous inscrit dans un environnement naturel, social et culturel. Dans notre société elle est synonyme de sensualité et d’ouverture au monde, elle conditionne la tactilité. Enfin, c’est une frontière entre le monde extérieur et notre intérieur. Elle mesure la qualité de la relation avec les autres et définie l’état moral du sujet.


David Lebreton, explique qu’il y a tout d’abord, l’aspect positif du marquage de soi, avec la visée d’un embellissement, ou la volonté de changé le regard que l’on porte sur notre corps. Puis, l’aspect négatif, avec la scarification et les attaques au corps


Chez les adolescents, on veut changer son corps pour changer sa vie, par exemple quand on est « mal dans sa peau ». Changement de peau, pour changer d’existence, ce qui explique la volonté de moduler son corps chez les jeunes (les régimes, le culturisme, le sport, la chirurgie esthétique…).

Au début, les jeunes essaient plusieurs personnalités, ils se cherchent et veulent trouver qui ils sont vraiment. Aujourd’hui avec la crise du lien social, les personnes se sentent seules et ont des difficultés à trouver leur chemin.

Le marquage de la peau comme le piercing et le tatouage est une réponse à ce malaise est permet d’orienter son existence surtout au moment de la puberté lorsque le corps est en plein changement. Cela s’apparente à un rite initiatique chez les adolescents. C’est une esthétisation de soi, un embellissement, une meilleure manière de se construire et une rupture d’appartenance à une classe d’âge.


Cependant, le marquage du corps peut être très dangereux. Certains jeunes ont recours à la scarification, suite à des abus sexuel, inceste, drames familiaux, absence d’un parent… Il y a un dégout de soi, perte d’estime de valeur, du corps et de l’esprit.

Cette pratique est plus fréquente chez les jeunes filles et les garçons. Les filles ont tendance à se détruire seules, car elles se sentent mal dans leur peau de femme (trouble alimentaire, tentative de suicide, médicaments…).

Quant aux garçons, les méthodes sont plus agressives envers leur corps (alcool, drogue, vitesse, spectacularisation du mal être…). Le taux de mortalité chez les jeunes garçons est plus important que celui des filles, (coup de feu, pendaison, rite de virilité, scarification…).

La scarification permet chez les adolescents de contrôler la violence subite et d’essayer de la gérer, car les mots ne suffisent pas. C’est le seul moyen qu’ils trouvent pour extérioriser leur souffrance.



Ainsi, David Lebreton, montre que pour les jeunes les marques corporelles telles que les piercings ou les tatouages sont une forme de signature du corps et un moyen de couper les liens avec les parents tout en marquant l’appartenance à un groupe.

Mais, il apparaît chez des adolescents qui ont subi un traumatisme, une impression d’emprisonnement dans son propre corps, un mal être qui apparaît a la suite d’abus, la scarification devient alors la seule échappatoire pour sortir de cette souffrance.

mardi 17 novembre 2009

La douleur au sein du système concentrationnaire

Ophir LEVY, philosophe, a fait son mémoire sur le thème de la Shoah et il travaille aujourd'hui en collaboration avec le CERCIL ( Centre d' Etudes et de Recherche sur les Camps d' Internement dans le Loiret).


L' histoire de la douleur connait un paradoxe suivant les époques. En effet, au 18ème siècle, la douleur est le guide du chirurgien. Petit à petit on va assister à une courbe de progression pour la promotion du malade en parallèle avec une courbe d'effondrement de la souffrance. Pourtant la première Guerre mondiale va marquer une régression dans cette histoire de la douleur. René Leriche va qualifier la guerre 14-18 comme « un déversement de la douleur ».


L'enfer organisé


Au sein des camps la douleur est généralisée, « la torture est l'essence même du IIIème Reich ».
Cela se traduit sous différentes formes: la faim, la soif, le froid....La faim et la soif sont des obsessions chez les déportés; « une faim lancinante » qui poussera certains au cannibalisme. Le froid au moment de l'appel martyrise les corps. A cela vient s'ajouter les poux, les maladies ( typhus,dysenterie).


La douleur est comme une norme dans les camps de concentration. Elle ne ravive plus les corps.


Une vie nue


Au sein des camps une mutation des corps s'opère. On passe d'un corps de plaisir à un corps sans vie.

Voici un poème qui illustre la souffrance du corps.

LE PIRE
Le pire, c’est la faim.

Avoir faim, attendre la coulée chaude.

Le pire, c’est le froid.Le froid quand on a faim.

Le froid des affamés qui tendent l’écuelle

Attendant tout du temps.

N’attendant rien d’eux-mêmes.

Le pire, c’est les coups,

Les coups dans les reins.

C’est aux reins que les genoux s’articulent.

Douleur des coups, des corps sous genoux,

Douleur aux reins après deux heures d’appel.

Coups au réveil.

Le pire c’est savoir

Qu’on ne sait pas quand ça finira,

Au matin de la Libération

Où chaque soir du désespoir.

Le pire c’est le voisin

Qui tend sa face.

Et sous nos yeux s’entrechoquent les dents.


Le pire, c’est qu’on marche à reculons

Dans des souliers pour

Géants,

Et que la nature nous coupe l’appétit.

Et nous faisons des pas petits petits

Comme des enfants

Rêvant d’espacesPlus grands.

Le pire, c’est le pyjama rayé

Pour affronter la nuit polaire,

Et tout ce que cette étoffe légère

Peut garder des seaux d’eau

Printanière.

Le pire, c’est d’être ici.

Le pire, c’est d’y penser.

Le pire, c’est d’écouter

Le temps qui ne s’écoule pas.

« La douleur détruit les instincts sociaux » mais « tant que le détenu préserve son corps, il est vivant ».Primo LEVY.

L 'expérience de la douleur déshumanise et ramène à l'espèce biologique stricte.

L'espèce humaine

La douleur est un marqueur d'humanité mais a contrario l'inhumanité d'un homme peut justifier le degré de la douleur infligée. Ce paradoxe met en évidence la question de l'infériorité et des différences de statuts ( les juifs, les noirs, les criminels).

Dans les camps de concentration le droit à la vie ne se justifie que par une utilité au travail.

D'un point de vue scientifique, le corps est un objet. D'un point de vue philosophique, il est déjà mort. De ce non rapport à l'autre né une négation de l'autre.

« Le sentiment de l'existence dépend du regard que l'on porte sur l'autre ».Primo LEVY.

Nissrine.L

Utiliser la BD pour enseigner la grande guerre

Intervenants: Sylvain Gache ( professeur en lycée professionnel), Nicole Lucas (formatrice en histoire), Vincent Marie ( professeur d'histoire) et Luc Revillon ( spécialiste de l'histoire en lien avec la BD ).


L'histoire de la Grande Guerre (14/18) est toujours présentée comme un discours d'historiens. Pourtant, certains pensent que cet épisode marquant de l'histoire du 20ème siècle peut être enseigné d'une autre manière, sous la forme artistique.
Voici donc le sujet de ce débat. La bande dessinée est-elle un auxiliaire pédagogique pertinent? En quoi peut-elle rendre compte des enjeux culturels et mémoriels de la Grande Guerre?




L' Historial de la Grande Guerre à Péronne ( Picardie) s'est penché sur la question. De cette réflexion est née une exposition de planches de bande dessinées sur la der des der.




Affiche de l'exposition.

Le musée avait déjà consacré une exposition à l'œuvre de Jacques TARDI, maître incontesté de cette époque en BD. Ses œuvres telles que « C'était la guerre des tranchées » et « Putain de Guerre » sont saluées unanimement.
Aujourd'hui la bande dessinée, à l'instar du cinéma ou de la littérature s'est emparée du phénomène « Grande Guerre ». La suggestion du passé et les enjeux mémoriels sont communicables à ceux qui n'ont pas vécu cet épisode de l' Histoire. La BD crée une sorte de mythologie de la Grande Guerre.

En ce qui me concerne j'ai été très déçue par ce débat qui à mon sens n'en était pas un. Ceci était peut-être dû au peu de personnes assistant au débat. Nous n'étions qu'une dizaine. Quant à mon point de vue sur le sujet je ne pense pas que la Grande Guerre puisse être enseignée via la bande dessinée. En effet, soit elle est racontée par quelqu'un ayant vécu la guerre et dans ce cas les images seront d'une grande violence comme chez Tardi. Or , la bande dessinée est accessible à de très jeunes lecteurs qui sont déjà immergés dans une société violente. Dans le cas contraire la Guerre 14-18 sera mise en image par une personne contemporaine des faits ce qui, à mon sens, n'est pas bon non plus.

Selon mon avis, la Grande Guerre ne se raconte qu'au travers des témoignages qui ont une valeur historique et non artistique.

Nissrine. L

mercredi 11 novembre 2009

Le corps juif dans l'Histoire

Cette conférence accueille beaucoup de monde dans un petit amphithéâtre et nous est présentée par 3 conférenciers qui vont aborder 3 thèmes à la fois différents et complémentaires. C’est ce qui a fait, sans aucun doute la richesse et l’intérêt de leur présentation.

Nous allons donc suivre le corps juif à partir de l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine. Bien entendu, cette conférence abordera le thème de la haine à l’encontre du corps juif.
La problématique est très bien étudiée : quel est la place du corps juif dans cette religion et comment est-il devenu un élément important, un signe d’appartenance à une nation, cette qui aux yeux du monde sera un jour l’objet d’un tel défoulement de haine ?

La conférence nous sera présentée par 3 conférencier, successivement Frédéric Encel, Jean- Marc Dreyfus et enfin Stéphane Encel. Un coordinateur, lui aussi historien interviendra pour faire la liaison entre les différents thèmes.

Notre premier interlocuteur va se pencher sur la période antique. Cette période tout en étant fondamentale est complexe en raison de la difficulté de remonter aux sources de l’histoire. Cette circoncision est un élément fondateur de l’appartenance et reconnaissance du peuple juif à une nation et surtout à une terre ; celle d’Israël. On pourrait parfaitement la qualifier de fil conducteur.
Notre second interlocuteur est professeur en Angleterre. Les études anglo-saxonnes sont très importantes sur le corps et nous verrons donc assez rapidement les influences de ces études sur les représentations actuelles du corps juif et surtout sur leur influence lors de la 2nde guerre mondiale.
Enfin, notre 3ème interlocuteur, très dynamique, abordera en détail le basculement de la religion à la nation correspondant au mouvement du sionisme.

Nous allons donc tenter de reconstituer la logique de la conférence. Cependant, une critique de cette conférence me semble essentielle avant même de commencer. Je ne suis absolument pas historienne, et c’est principalement pour l’envie d’apprendre et de comprendre que je me suis dirigée vers cette conférence. Malheureusement, très vite cette conférence devient complexe et aborde des réflexions très, trop pour moi poussées. Les intervenants se basent sur des théories développées par tel ou tel sociologues, chercheurs, historiens, politiques que je ne connais pas, et donc je perds facilement le fil. Malgré tout, le dynamisme que nos conférenciers ont mis dans leur intervention fait que je m’accroche jusqu’au bout, et ressort assez satisfaite.

I. L’importance de la circoncision dans la relation dieu-terre-peuple.

Cette circoncision vient d’une promesse faite par Abram au Dieu : le Dieu donne la Terre d’Israël à Abram et à tous ses descendants, s’assure de leur propriété perpétuelle, mais en échange il demande à ce que tout son peuple soit circoncit. On parle ici d’Abram parce qu’il n’est pas encore circoncit. En effet, c’est après sa circoncision qu’on le nommera désormais Abraham.
Ce qui est important de remarquer ici c’est que cette circoncision ne se limite pas à une question de sang. On circoncit également les esclaves car les garder serait un signe d’impureté sur la terre donnée. Il y a donc une véritable relation qui se crée en la Terre et le peuple par la promesse faite à Abram à Dieu. Il devient d’ailleurs par la suite Abraham.

A partir de là il va y avoir une opposition systématique entre circoncit et in circoncit. Cette opposition va se radicaliser lors du retour d’exil à Babylone : un petit nombre va se réorganiser, reconstruire une communauté qui va tenter de se séparer des autres nations. Cela va se caractériser par la chasse aux épouses non juives … Ce rapport à la circoncision est remis en avant comme signe d’identification, comme marqueur identitaire lors de moments charnières, moment dramatique comme celui-ci-dessus.

Un autre exemple peut être cité. Il s’agit de la conquête de Josué qui guide son peuple vers la terre promise, après avoir fuit l’Egypte. Le peuple né dans le désert n’avait pas été circoncit. D’autre part, la génération du désert s’était mal comportée, notamment pendant la période hellénistique. Des juifs étaient allés voir le Roi pour lui dire qu’ils voulaient faire partis d’eux « faisons alliance avec les nations ». Il s’agissait donc d’une opposition à l’Alliance première Dieu-Terre-Peuple. Ce mauvais comportement se caractérise également par le fait que certains d’entre eux se sont fait reconstruire un prépus.
Par conséquent, une circoncision générale est redemandée par le Dieu : il s’agit alors d’une rupture entre eux et eux avant. L’Eternel dira « Aujourd’hui, j’ai ôté de dessus de vous le déshonneur de l’Egypte ».

Pour conclure sur cette 1ère partie, on voit donc que la circoncision est pour les juifs un moyen de s’unir ET de s’exclure. La question de l’exclusion des juifs est donc toujours sous-jacente. Nous allons voir comment cette exclusion a façonnée l’image du juif à la fois physiquement et mentalement, et comment les autres nations en ont tiré profit pour se retourner contre eux.

II. La représentation du corps juif dans l’histoire.

La problématique principale ici est la façon dont est représenté dans l’histoire et quelles sont les évolutions qu’elle a connues ?

Dans la littérature du XIX, la représentation est celle d’une personne aux doigts, au nez crochus, au corps tout maigre, avec des lunettes (myope)… Ces caractéristiques sont en parties dues au sionisme mais ceci sera vu dans le prochain chapitre.
Cette représentation va donc à l’encontre de la période qui voit les révolutions industrielles, les gloires de Napoléon, l’ouverture des marchés vers le monde, puis pour allé un peu plus la grande exposition universelle de Paris où les corps sont mis en valeur, où la richesse est mise en avant notamment via une toilette soignée.
Cette représentation du corps juif fait écho à la montée de l’eugénisme des personnes handicapées puis à l’eugénisme sionisme.

Les travaux se basent aussi sur le marqueur identitaire important de la religion juive qui est la circoncision : on considère que pour devenir invisible, le corps juif devait retrouver ce qu’il avait perdu. A contrario, ce qui ressort c’est que le corps juif est faible.

Cependant, ce qui est très étrange c’est que les représentations du corps juif le montre également comme un corps puissant, menaçant ; leur force, leur union fait peur aux autres nations. Si bien que l’on peut donner comme exemple remarquable l’histoire de Dreyfus : il fut attaché des journées entières sur l’île. On avait peur qu’il s’échappe alors même qu’il était sur une île sans aucun moyen de fuite.
Le corps doit donc être ici entendu comme une unité, un ensemble et non un individu isolé.
C’est malheureusement cette dernière représentation du corps juif, de la puissance de la nation juive qui forcera le passage à l’idéologie de destruction.

Cette représentation ne va pourtant pas rester de marbre lors de l’ouverture des camps de concentration ; on ne peut d’ailleurs concevoir aujourd’hui qu’elle soit restée la même. Les images de la libération des camps ont fait le tour du monde et l’on en connait tous au moins une où des corps maigres, sans cheveux et aux yeux fatiguées fixent l’objectif. PHOTO

Au-delà de ces représentations purement physiques, il faut néanmoins préciser le rôle involontaire de la médecine qui à travers des normes a classé ce qu’elle dénommé la normalité et l’anormalité, qu’elle soit physique mais aussi psychologique. En effet, avant les Lumières le corps est un élément second mais dans les époques contemporaines il y a une volonté de se ressaisir du corps d’un point de vue politique (eugénisme, armé de métier, …).

Il faut maintenant voir comment le corps juif a tenté de fuir ces représentations, notamment en tentant d’échapper au mouvement du sionisme.

III. Le rejet partiel du sionisme par les juifs et la condamnation de leur représentation par les autres nations.

Le sionisme est un mouvement très important au sein de la nation juive qui perçoit le corps puissant comme malsain. Comme on l’a vu les représentations de 1800-1890 présentent le corps comme laid, faible. Il y a un climat de ghetto religieux très important. C’est donc cette représentation que les juifs vont dès lors tenter de contredire à travers la création d’un homme juif nouveau.
Le sionisme est un mouvement qui prône l’étude du livre la quasi totalité du temps. Si bien que le jeune juif ne fait pas de sport (faible), lit tout le temps (myopie) et ne connait rien à la politique.

D’autre part, en 1881 l’immense majorité des juifs vivait au Nord de l’empire tsariste (Russie).
Les juifs vont cependant quitter ces terres et venir s’implanter dans les terres ottomanes ce qui va avoir de nombreuses conséquences sur leur corps.
La fonction de celui-ci va être radicalement changée : le juif travaille la terre, il vit donc dans la poussière et la chaleur.
Il s’agit là de 3 changements radicaux qui vont transformer le corps : plus mate, plus charpenté. Après 18 siècles de diaspora, Nardo nous dit que « l’éducation physique doit redresser notre corps physique et moral ».

Depuis on retrouve une certaine surévaluation d’un corps sain. Ainsi on a pu voir des affiches où l’on distingue des hommes représenté comme étant forts et travaillant la terre et des affiches représentant des femmes aux formes généreuses, travailleuses et en short.
D’autres parts, on peut donner comme exemple dans cette évolution les Macabiades de 1920 qui sont les jeux olympiques juifs.

On peut également rappeler que l’usage de la force a longtemps été interdit par toutes les autorités rabbiniques. Cependant, B. Lazare, défenseur de Dreyfus dira à propos des pogroms « si le juif ne répond pas aux pogroms on est là dans un cas d’abjection du corps ».
C’est pourquoi aujourd’hui dans l’état israélien tous les écoliers et lycéens n’ont pas cours l’après midi pour laisser place au sport. Il y a donc une véritable évolution de pensée.
D’ailleurs même les plus orthodoxes au sein de la diaspora juive vont admettre que la revendication corporelle par rapport à celle de l’âme est importante et nécessaire.

On voit donc que l’image du juif a évolué au fil des siècles. Cependant, leur choix de distinction par rapport aux autres nations se fait encore ressentir aujourd’hui et fut à l’origine de nombreux conflits entre les peuples.
Cependant, au-delà des conflits inter-nations il y a surtout une importante ségrégation à l’intérieur même de la « communauté juive ».

mardi 10 novembre 2009

Rencontre avec Ophir Lévy


Lucie Rober, Claire Chevrier-Gros, Emilie Texier, Benjamin Bruneau, Pauline Rondeau, Anaïs Boutrollle, Charlotte Foussard.


Ecole du Paysage 09/10/09 11h
« La douleur dans le système concentrationnaire »

Ophir Lévy doctorant et chargé de cours à la Sorbonne est l’auteur de Penser l'humain à l'aune de la douleur. Philosophie, histoire, médecine. 1845- 1945. Le fil conducteur de cette rencontre sera la douleur. Et pour commencer M Lévy nous pause une colle. Comment se fait-il qu’au XIXe siècle on tente d’atténuer la douleur ? Et qu’au XXe siècle le système concentrationnaire fait de la douleur sa règle ?
Tout d’abord, voyons quel est le rôle de la douleur dans un tel système? La torture est infligée sous différentes formes, les plus efficaces portent atteintes aux éléments essentiels à la vie du corps : la faim, la soif, le froid, mais aussi les coups, la maladie et les expériences médicales.
La faim et la soif sont les obsessions des déportés. « Il s’agit de devenir faim » disait Primo Levy. La douleur est comme une invasion sur l’individu, elle conduit parfois au cannibalisme constaté notamment durant le Ghetto de Varsovie. Dans les camps le regard des nouveaux arrivants sur les anciens est plein de considérations négatives, puisque ces êtres décharnés ne semblent plus qu’emprunt à une certaine bestialité face à leur lutte contre la faim. Et pourtant, viendra leur tour ou ils auront à subir eux aussi ce regard inquisiteur.
Le froid est aussi un élément clef de la domination des corps dans le système concentrationnaire. Ainsi par exemple les SS pouvaient faire l’appel des détenus qui restaient immobile durant des heures, très tôt le matin dans des températures très froides. Ou même dans des conditions plus qu’absurde, où tous doivent répéter une chanson pendant 4 heures sous la neige.
Les conditions de vie qui imposaient la promiscuité et le froid entrainaient une série de maladies plus effrayantes et fatales les unes que les autres : la fièvre typhoïde, la dysenterie, la coqueluche, la rougeole, la diphtérie...
La douleur était la règle dans les camps puisqu’elle permettait de soumettre les détenus par le biais de l’atteinte au corps. Une grande partie des travaux commandés étaient inutiles comme par exemple les détenus avaient pour ordre de construire un mur puis celui-ci une fois terminé devait être détruit… Cet ordre absurde était destiné à robotiser les prisonniers. De plus le corps ne peut disposer de repos puisque les SS submergeaient tout l’espace. Tout le monde pouvait se faire tabasser pour n'importe qu'elles raisons justifiées arbitrairement. La douleur détruit progressivement les instincts sociaux et détache petit à petit l’individu de la vie qu’il porte. Et pourtant selon Primo Lévy la douleur rattachée au corps, reste un indice de vitalité.

Au XVIIIe et au XIXe siècle la sensibilité à la douleur pouvaient déterminer la position d’un individu sur "une échelle" donnée dite de l’Humanité. A travers cette considération les individus les moins sensibles sont considérés comme étant en marge de l'Humanité voire de la bestialité. Si on estime alors que l’Autre n’a pas le même statut que nous ont peut se permettre de porter atteinte à son intégrité et à son humanité. C’est ainsi que les juifs ont été réduits à un matériel d’expérience.
Mais comment peut-on en arriver là? Le système concentrationnaire est emprunt à une déconsidération de l’Humanité en établissant une graduation de l’espèce humaine avec une sous-humanité. Certains sont même considérés comme des bouches inutiles et indignes de vivre comme les handicapés par exemple. L’atteinte à leur vie se justifie alors comme étant un « service » afin d’abréger leurs souffrances.
Toutefois, malgré cette volonté de deshumanisation du détenu, la perversité du SS est nourrit par la conscience qu’il a affaire à un être sensible. Puisque « L’indifférence du mort renvoi les coups au SS qui les donne». L’observation du système nazi dans sa déconsidération de l’humanité par la douleur nous permet de constater comment le corps et l’esprit se lient dans la lutte pour la survie. Mais aussi cet acharnement sur le corps mêlé à ce qui semble être un certain plaisir à réduire l’Autre, pose l’éternelle et effrayante question de la complexité de l’Humanité.
Anaïs Boutrolle

vendredi 23 octobre 2009

Le commerce des corps


A la découverte du programme des rendez vous de l'Histoire, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, caché en bas de page sous l'intitulé « l'histoire autrement », une conférence chantée accompagnée à l'orgue de Barbarie.

Évidemment, l'instigateur de cette manifestation est Jean-Marie Moine, maitre de conférence en histoire contemporaine à l'université de Tours, dont la passion du patrimoine musical français est connu d'une majorité des étudiants. Ayant chanté avec lui par le passé, mon attrait pour cette conférence n'est que décuplée.

En ce premier soir de festival, je me dirige donc à 19 heures vers le conservatoire où cet évènement atypique doit avoir lieu. A mon entrée dans la chapelle servant d'auditorium, tout est en place : l'orgue trône fièrement devant une centaine de sièges qui sont malheureusement vides en grande partie. D'autres conférences, dont la conférence inaugurale, et l'emplacement excentré du conservatoire par rapport au cœur du festival ont eu raison de l'attrait de la chose. Le public est relativement âgé, mais il se compose en grande partie de connaissances de Mr Moine et d'amoureux de la chanson n'hésitant pas à reprendre le refrains en chœur, donnant à cette « conférence » un caractère convivial et agréable.

L'artiste est présent, caché derrière sa machine, coiffé d'un canotier sans âge. Après un bref mot d'introduction sur le sujet, la place des prostituées dans la chanson française populaire de la fin du XIX° siècle jusqu'au milieu du XX° siècle, il commence à tourner la manivelle et un son provenant d'une autre époque vient frôler nos tympans. Le déroulement du concert est assez différent des autres manifestations des rendez-vous: une brève présentation de la chanson où il évoque les grands thèmes, nous fait un point sur le vocabulaire souvent imagé et argotique du milieu, avant de jouer, parsemant l'intervalle entre les chansons d'anecdotes croustillantes et historiques. La mise en scène quant à elle est subtile, il n'hésite pas à troquer son couvre chef contre un képi militaire ou un chapeau melon selon les thèmes des chansons, allant même jusqu'à décorer son orgue d'un Opinel ou d'un fanion tricolore suivant les paroles. En plus d'être un régal pour les oreilles, les yeux sont également comblés et amusés.

Le répertoire est relativement vaste et l'ordre des chansons est cohérent. Il se déplace à travers de grands noms d'auteurs du début du siècle : Béranger, Jules Jouy, Montéhus, Aristide Bruant, mais aussi, plus proche de nous, Edith Piaf, Léo Ferré et Georges Brassens, suivant des thèmes de localisation des femmes : les femmes de la rue, les femmes des maisons closes et les femmes venues d'ailleurs. La diversité du répertoire étant à la fois une analyse de la société mais également un point de vue personnel de l'auteur : là où un va voir une femme consentante vendant ses charmes pour un plaisir personnel, d'autres vont un y voir une oppression de la femme obligée de vendre son corps pour assurer sa subsistance quotidienne.

Cette conférence chantée, unique en son genre au rendez-vous de l'histoire, reste pour moi un bon moment passé à écouter des chansons, que malgré mon âge je connais, prouvant que la musique est un moyen de transmission de la culture exceptionnel. Le « Moine chanteur », comme il fut baptisé par le programme du festival, a assuré une prestation où savoir et passion furent mêlés au charme et à la poésie.

Clément.

lundi 19 octobre 2009








L’Histoire des anormaux par Jean-jacques Courtine.





L’auteur, professeur d’anthropologie culturelle à l’Université Paris III, nous dévoile une dimension méconnue du corps.
Autour de la simple question de savoir quelles évolutions ont subies les sensibilités à propos des corps, Courtine nous brosse un tableau du Paris au XIXe siècle où des personnes humaines étaient exposées en qualité de « Monstres »(femmes à barbe, deux têtes sur un même tronc, lilliputiens, visages déformés…) dans des baraques de foire, dans l’arrière salle de cafés ou comme le célèbre « Elephant Man » exposé dans une boutique d’épicerie désaffectée. A Manhattan, The american museum, fonctionnant de 1841 à 1868, reçu plus de 41millions de spectateurs. Comment expliquer un tel succès ? La raison en est toute simple. L’exhibition de l’anormalité était un puissant vecteur de normalisation. Le « monstre » sert d’exemple, il rassure car il représente l’opposé de l’homme civilisé.
De la part des autorités, en montrant ainsi les ravages sur le corps humain, les individus étaient mis en garde face à des comportements condamnables (comme par exemple une sexualité risquée ; à une époque où la syphilis faisait de gros ravages).
Cependant, cela ne doit pas masquer le fait que les représentations de « monstres » revêtaient un caractère banal. A la sortie des « expositions », les personnes recevaient des cartes postales représentant les « montres ». Ces cartes se retrouvent dans les albums familiaux, aux cotés de celles représentant des paysages ou des monuments. Un véritable tourisme est associé à ces représentations : en Bretagne, on rencontre des femmes centenaires ou l’image de l’idiot du village se retrouvant un peu partout en France.


Une rupture fondamentale s’effectue après la première guerre mondiale. C’est ce que Courtine appelle « la médicalisation du regard ». A la fin du XIXe siècle, le corps médical s’empare du monopole de regard sur les « monstres ». De plus, un nouveau sentiment moral émerge composé de reconnaissance humaine et de souffrance ressentie pour ces « monstres ». Cela est véhiculé dans la littérature à travers les souffrances du Frankenstein de Shelley ou de celles du quasimodo d’Hugo. L’expérience des tranchées et la solidarité nationale s’exerçant lors du début du XXe siècle, ont renforcé ce sentiment de compassion à l’égard de ces « monstres » considérés non plus comme venant de l’Enfer mais comme humains.

A travers ce bref exposé, nous nous apercevons que la curiosité elle-même peut faire l’objet d’une étude historique. Il nous permet en outre de reposer la question du handicap, notion apparaissant à ce moment où les sensibilités sont transformées, perçue à travers la représentation des corps et donc susceptible d’être modifiée.

Benjamin BRUNEAU.

mercredi 14 octobre 2009

Religion et tabous alimentaires

En regardant la première fois le programme des 12ème Rendez Vous de l’Histoire, le sujet du vendredi 9 octobre « Religion et tabous alimentaires » retient mon attention, par conséquent je décide de commencer mes RDV de l’Histoire avec cette conférence.
Les intervenants, lors de ce débat se nomment Halima Ferhat (historienne marocaine spécialiste de l’histoire du Maghreb au Moyen-Âge, membre du "comité scientifique des Rendez-vous de l'Histoire de Rabat", professeur à l’Université Mohammed V, ainsi que directrice de l’Institut des Etudes Africaines à Rabat), Madeleine Ferrières (Professeur d’histoire moderne à l’Université d’Avignon, chercheur à l’UMR Telemme de la MMSH d’Aix-en-Provence), Bruno Laurioux (professeur d’histoire médiévale à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, vice-Président du conseil scientifique de l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation) et pour finir Jean-Robert Pitte (géographe français, professeur des Universités, spécialiste du paysage et de la gastronomie, président de la Société de géographie et co-directeur scientifique du Festival international de la géographie). Et pour animer le débat : Marc de Ferrière, Professeur des Universités à l'Université François-Rabelais de Tours, et Président de l'IEHCA (Institut Européen d'Histoire et des Cultures de l'Alimentation). Ce débat a essentiellement soulevé la question de l’évolution des tabous alimentaires à travers les âges.

Madeleine Ferrières nous apprend au début du débat que le mot tabou a été inventé lors du premier voyage de Cook en Polynésie et que son sens premier est l’interdiction absolue sous peine d’une punition dite surnaturelle. Ce qui les amène à parler des religions et des interdits liés aux différentes croyances.
Halima Ferhat nous explique que le jeûne canonique (ou ramadan) dans l’Islam dure un mois pendant lequel les musulmans ne mangent pas, ne boivent pas, ne fument pas… le jour. Au quotidien, les musulmans suivent plus l’interdiction du porc (possible d’en acheter, mais élevage contrôlé au Maroc) que celle du vin.
A l’extrême, les soufis (mouvement spirituel, mystique et ascétique de l’Islam, et un mouvement ésotérique apparue au VIIIe siècle ) jeûnent d’une manière continue et s’interdisent ce qui est bon. Anecdote qui a retenue mon intention : les soufis refusent de manger une viande cuite qui a été préparé par une femme ayant ses règles (elle est considérée comme impure). De plus, nous apprenons que les juifs et les musulmans ont les mêmes interdictions alimentaires.
Bruno Laurioux nous explique que l’effort du carême pour les chrétiens appartient à chacun, il porte moins sur le contenu mais plus sur la durée (40 jours). Les interdictions strictes de privation liées au carême n’existent plus depuis la fin du Ier siècle avec le concile de Jérusalem.
Jean-Robert Pitte reconnaît la passion pour le pain et les boissons fermentées depuis de nombreux siècles mais le vin est interdit par le Coran par peur de l’ivresse et des conséquences : inceste, violence envers femmes… Cette passion pour certains aliments relèvent des aliments qui sont valorisés mais ils ne seront pas les mêmes au fil des siècles :
A l’époque Meiji (1868 – 1912), les japonais ne mangeaient pas de viande, juste des végétaux et du poisson. La pomme de terre à une époque n’était pas appréciée car apparentée à Satan (pousse sous la terre). De plus, il y a l’exemple de l’ail et de l’huile d’olive qui n’étaient pas appréciés à cause de leur odeur et qui sont maintenant très utilisés. Pour finir, le lièvre a été déprécié au Moyen-Âge car il renvoyait d’après la Bible et les textes théologiques à un symbole de lubricité. Il sera ensuite inscrit dans les traditions culinaires à l’époque moderne.
Il y a donc d’après les intervenants une valorisation de certains aliments (ce qui est encore visible aujourd’hui) mais aussi une catégorisation de ceux-ci (aliments gras ou maigres) cependant ils ne deviennent pas des tabous alimentaires en fonction de leur catégorie.
Madeleine Ferrières ajoute que les tabous dans notre société tiennent plus à des goûts et dégoûts individuels voire collectifs donc ne sont pas des tabous en somme.
Pour Jean-Robert Pitte, nous sommes dans une société où règne une sorte de religion animiste qu’il caractérise de New Age où l’on s’interdit de manger des animaux en voie de disparition comme la baleine. Interdiction personnelle mais aussi un interdit lié à des lois de protection de la nature. Ces animaux adoptent donc un statut, pour lui, d’animaux sacrés (comme ça peut être le cas dans certaines religions).
Pour conclure j’ai choisi de reprendre l’idée de Madeleine Ferrière qui est que toute société a besoin de règles alimentaires et culinaires. Il faut différencier deux notions : ce qu’on interdit et ce qu’on s’interdit !

J’ai été énormément déçue car les intervenants ont très peu parlé de religion, des interdictions quotidiennes et lors des jeûnes ainsi que de leur évolution au fil des siècles. Le débat était tout de même intéressant mais j’ai été un peu surprise par la tournure légère qu’il a pris à certains moments notamment à cause de Jean-Robert Pitte (qui reste un homme très qualifié) qui a fait un peu trop d’humour à mon goût et qui a surtout voulu choquer le public en ce qui concerne la question de la défense des animaux en voie de disparition.

Charlotte F.




mardi 13 octobre 2009

Eva Schloss, une survivante

Salon du livre 09/10/09 14h-15h

Eva Schloss, rencontre avec un grand témoin, survivant d’Auschwitz

Devoir de Mémoire


Un couple préside l’amphi de l’antenne universitaire. Eva Schloss, demi-sœur par alliance d’Anne Franck, est venue avec son mari. Cette femme d’un autre âge, se présente avec un fort accent anglais puisqu’elle réside en Angleterre son pays d’adoption. Eva est née en Autriche en 1929 et elle a connu l’enfer d’Auschwitz, elle y a perdu son père et son frère. Après la guerre elle a voulu crier l’Horreur, que tout le monde l’écoute, mais l’heure était aux réjouissances de la paix. Elle s’est tue de nombreuses années. Il faut attendre les années 1980 pour qu’enfin sa parole se libère à son tour. Elle écrit un livre avec l’aide d’Evelyn Julia Kent, L’histoire d’Eva, traduit en français par Edith Ochs. Dès lors elle s’investit d’une mission éducative à travers le monde. D’écoles en conférences, elle participe activement au Devoir de Mémoire avec l’espoir que son témoignage aide « les plus jeunes à devenir des bonnes personnes » et que chacun d’entre nous continu de se remettre en cause. Elle souligne l’importance d’exprimer sa voix, « tous le monde a quelque chose à dire, d’ailleurs les français savent bien le faire avec toutes ces manifestations…»dit-elle en souriant.

Invasion et fuite

La grande dame nous livre l’histoire qu’elle a vécue à travers un regard d’enfant puis de jeune femme. Issue d’une famille juive elle a 10 ans en 1939. Rapidement, elle est confrontée aux changements entraînés par la guerre. Tout d’abord, elle nous évoque son incompréhension quand un matin à l’école, elle n’a plus le droit de s’asseoir à coté de ses camarades chrétiens. Son frère est battu devant le regard muet de l’instituteur dans la cour de récréation, sa peau mate et ses cheveux bruns trahissant ses origines. Eva échappe aux railleries de ses camarades grâce à sa blondeur. Dès lors son père lui dit qu’à présent il sera difficile d’être juif. Le projet nazi menace toute la communauté et la famille d’Eva doit fuir. Mais il est très difficile de passer les frontières, car les gens ne veulent pas avoir à faire avec des juifs, par peur des représailles. Toutefois, en Juin 1938 la famille rejoint Breda aux Pays-Bas proche de la frontière. Cette année là elle apprend le français dans une école belge, car elle ne pouvait pas être scolarisée dans son pays d’accueil. C’est aussi cette année là qu’elle prend la mesure de sa vie de réfugié. Assise au fond de la classe, on ne s’occupera pas de savoir si elle comprend bien la langue. Et pourtant, Eva reste une enfant avec des envies de son âge. Elle nous raconte qu’elle organise une fête d’anniversaire mais à la place de ses petits camarades de classes ce sont des lettres de refus des parents qu’elle reçoit. La déception, le rejet encore d’une enfant privée d’une page de son enfance. Toutefois, sa vie aux Pays-Bas lui apportait quelques réjouissances mais très vite l’invasion du 10 mai 1940 par les nazis met un terme à cette période de repos. Sa famille tente de fuir sur un bateau mais tous sont remplis, il est déjà trop tard.

Se cacher

Dés l’invasion nazi, de nombreuses familles hollandaises protègent des familles juives. Mais l’heure est à la séparation en deux de sa famille pour se cacher le mieux possible. Pendant 2 ans Eva vit dans un grenier avec sa mère et son père est caché avec son frère. L’angoisse est constante, les nazis fouillent toujours la nuit à la recherche d’un lit vide encore chaud…Malgré des visites ponctuelles et périlleuses à son frère et à son père c’est une période d’ennui profond pour Eva qui était une enfant dynamique et sportive qui ne savait que faire de ses dix doigts.

Captive

Le 15 mai 1944 c’est son anniversaire, elle a 15ans. La gestapo fait irruption dans leur cachette le moment tant redouté est arrivé. Une fois captive Eva et sa mère apprennent que le père et le fils ont eux aussi étaient arrêtés. Ils ont tous été trahis par une infirmière nazie qui se faisaient passer pour une résistante. Eva est torturée pour savoir qui l’a aidé. La famille est conduite au camp d’Auschwitz. Ils avaient déjà entendu parler des camps de la mort à la BBC dés lors elle se croit condamnée. Et puis après c’est l’enchainement de l’indicible, la sélection, la séparation, l’humiliante nudité, le crâne rasé et le corps tatoué. Tout a été orchestré par le régime nazi qui tente de réduire une population à un état de bétail en s’attaquant directement à l’identité de chacun par le biais du corps.

Survivre au camp

Eva raconte comment certains étaient envoyés à « la douche », le son du gaz qui s’échappe, comment d’autres enlevaient les corps tout en sachant qu’ils seraient les prochains. Intégré dans ce rouage macabre, elle travaille au service des vêtements, elle les trie. Eva survit avec sa mère à ses côtés. Mais un jour celle-ci est sélectionnée pour sa maigreur par le tristement célèbre Docteur Mengele, le « Docteur de la mort ». Ce dernier pratiquera tout le long de la guerre des expériences atroces sur des hommes et des femmes bien vivants tel que des vivisections. La jeune fille croit sa mère morte et tente de continuer seule dans la partie du camp réservé aux femmes. Elle aura la chance de discuter une dernière fois avec son père à travers les barbelés. Après avoir surmonté les douleurs physique et morale qui auraient pu la conduire à la mort, Eva retrouvera sa mère qui a survécu à la folie de Mengele pendant la libération d’Auschwitz par les russes.

Se réapproprier son corps

Après nous avoir fait le récit bref de son histoire, Eva attend les questions…le malaise plane dans la salle. Elle nous taquine en disant que les enfants qu’elle a rencontré l’autre jour étaient bien plus bavards. Enfin, le public s’ouvre à elle :
- Combien de temps faut-il pour réapprendre la liberté, et pour s’approprier son corps à nouveau?
« Il faut beaucoup de temps, la libération du corps n’est pas totale, par exemple certains amis à moi ont eu des perturbations digestives douloureuses et handicapantes jusqu’à un âge très avancé. Moi, j’ai de la chance, j’ai une bonne santé. »
-Comment peut-on tenir?
« La vie est précieuse et donc on essaye durement de rester en vie. Comme une personne malade, qui a le courage de continuer, même un traitement douloureux, parce qu’elle ne veut pas finir sa vie. La foi peut aider, mais dans le camp c’est difficile de continuer à prier un Dieu qui n’intervient pas, qui ne vous sauve pas de l’horreur quotidienne.»
-Avez-vous la haine?
« Je l’avais ! J’en avais beaucoup, pour beaucoup de monde, pour les nazis, mais aussi pour des pays comme les Etats-Unis ou l’Australie qui auraient pu accueillir de nombreux juifs dans les vastes espaces vides de leurs territoires. Mais la haine est mauvaise, elle ne sert à rien, aujourd’hui je ne l’ai plus. Après toutes ces années, les pays sont peuplés d’une nouvelle génération qui n’est pas responsable de ce qui s’est passé. Et puis je crois qu’il y a plus de bonnes personnes que de mauvaises personnes dans le monde.»
En concluant ainsi, Eva nous laisse une image lumineuse d’une femme qui a survécut à l’indicible, une grande dame qui a réussi malgré tout à construire sa vie dans la joie entouré de sa famille. Très souriante, elle semble heureuse et en paix avec elle-même. Eva nous donne une bonne leçon. Cette rencontre me semble d’un autre temps, mais pourtant j’ai le sentiment d’avoir touché un petit bout d’histoire en échangeant quelques mots avec un témoin de l’un des plus grands crimes contre l’Humanité.
Anaïs Boutrolle

Histoire du coeur

Vendredi 9 octobre, 10h. La salle Lavoisier du Conseil Général est pleine à craquer, de nombreuses personnes sont debout à chercher une façon adéquate de prendre des notes. Alexandre Bande, professeur agrégé au lycée Condorcet, est assis à son bureau ; l'ambiance est studieuse. Je ne pensais pas que la séance « Le cœur du roi : les Capétiens et la partition des corps royaux à la fin du Moyen-Âge », sujet de sa thèse, aurait pu attirer un autre public que les férus d'histoire médiévale et les professeurs. Ainsi, le 9 octobre 1380, peut-être pas à la même heure, le cœur du roi Charles V était inhumé, à la Cathédrale de Rouen. J'apprends donc qu'était pratiquée sur les rois et reines de France, puis presque tous les princes, la triple sépulture du corps, du cœur et des entrailles.


Urne contenant le coeur de François I, à la Basilique de Saint-Denis.

J'aurais pu intituler ce compte-rendu « à ne lire pas après un petit-déjeuner », les usages de la sépulture multiple étant relativement écœurants si tôt dans la matinée. La pratique de l'inhumation séparée du cœur est initiée au XIIè siècle en Angleterre, puis dans l'Empire, époque où les croisés mouraient loin du lieu de sépulture choisi. En France, le premier roi a en bénéficier est Philippe III le Hardi, mort en 1285 au retour de la croisade de Sicile. Son fils, Philippe IV le Bel, choisit pour lui de laisser sa chair et ses entrailles au roi de Sicile, et de faire revenir ses os et son cœur en France. Pour cela, on eût recours à « l'usage teuton », c'est-à-dire faire bouillir dans une grande marmite d'eau et de vin le corps démembré, et d'en récupérer ensuite les morceaux.



Cependant, cette technique est contraire à la morale chrétienne, qui considère comme sacré le corps de l'homme créé par Dieu. En 1299 est donc interdit, par le Pape Boniface VIII, la pratique de la division des corps. Mais la papauté fit exception pour les rois de France après l'avènement du Pape Clément V, français et proche de Philippe le Bel. Une tombe de cœur est en effet le moyen pour un établissement religieux de s'attirer les prières et les donations, ou pour une province de retenir l'attention royale – la Normandie pour Charles V -. De plus, trois sépultures valent mieux qu'une ! Puis, au XIVè siècle, dans un climat intellectuel et scientifique favorable, le chirurgien Henri de Mondeville déclara que si le roi est souverain de France, le cœur est souverain du corps. Cet organe est donc depuis cette époque au cœur de la politique et de la société ; il est l'organe du pouvoir.


Alexandre Bande finit son intervention en nous « invitant à réfléchir sur cette période mal connue qu'est la dynastie capétienne ». Je retiens que la sépulture multiple est une pratique répandue et effectivement capétienne, et je découvre que Chopin et Gambetta ont eu recours à cette inhumation...!



Claire Chevrier-Gros

samedi 10 octobre 2009

Le corps mort : entre disparition et permanences

En ce vendredi 9 octobre 2009,après une matinée déjà riche en conférences,un débat retient particulièrement mon attention. Que cache cet intitulé? Après un bref coup d'œil au programme je découvre la liste des intervenants: B.Bertherant ( maitre de conférences),R.Bertrand ( professeur émérite), A.Carol ( professeur), C.D.Francfort ( archéologue), H.Duday ( anthropologue), B.Laurioux ( professeur), L.Moulinier ( professeur).
Le caractère pluridisciplinaire de ce débat me conforte dans mon idée d'y assister. La foule est massée devant l'amphi, il est 15h les portes s'ouvrent.

Nous rentrons dans le vif du sujet au moyen d'une citation d' Ernest RENAN « le monde est fait de plus de morts que de vivants ». En effet, il s'agit ici de comprendre comment les sociétés du passé ont eu le souci de conserver ou non le corps de leurs défunts. Quels sont les phénomènes qui empêchent ou retardent la décomposition des corps?

La permanence du corps mort est abordé par un premier exemple, celui du corps du roi. En effet, au Moyen Age comme à l'époque moderne, le corps du roi est conservé pour à la fois attester de son authenticité et suggérer la permanence de la royauté après la mort du souverain. La question de l'identification du corps pose parfois des problèmes, c'est le cas des morts inconnus. Ces marginaux inquiètent l'État et doivent être réintégrés dans l'état civil. Au 18ème siècle on conserve donc les corps pour permettre une éventuelle identification en exposant les corps dans une geôle en place publique. Un siècle plus tard, les corps seront exposés en vitrine avec un éclairage zénithal. Toutefois, ce procédé suscite des conflits entre autorités et hygiénistes. Ces derniers sont confrontés à deux nécessités; il s'agit d'une part de protéger les vivants et d'empêcher les inhumations prématurées. Ce grand débat médical va aboutir à un article dans le code civil qui prévoit un délai légal de 24h avant l'inhumation pour attester de la mort via un certificat médical.
La question qui reste en suspend est bien évidemment celle des méthodes de conservation des corps. Pour cela, l'archéologie permet d'aborder les différentes techniques. L'embaumement ou la momification (intentionnelle,artificielle ou naturelle) en font partie.

L'intitulé du débat soulignait aussi le cas de la disparition des corps. Souvent vue comme un supplice, la crémation est un des moyens utilisés pour faire disparaître le corps. La première crémation est attestée en Janvier 1889 au Père Lachaise. Toutefois ce procédé n'exclut pas l'identification. Il faut savoir que la matière minérale du corps ( les os) ne brulent pas. Ainsi grâce à l'anthropologie biologique et aux avancées de l'ADN, les os nous livrent beaucoup de renseignements. Ils mémorisent des étapes importantes de notre vie.

Pour conclure ce débat, il est intéressant de se poser la question suivante: l'histoire du corps est-elle une histoire totale? L' Historien dispose certes de sources écrites pour certaines périodes le renseignant ainsi sur les différents rites funéraires mais on ne saurait aujourd'hui se passer de disciplines telles que l'archéologie et l'anthropologie.
Malheureusement, les progrès de la science ne sont pas sans conséquences sur le patrimoine funéraire qui est menacé par les fouilles mais aussi par la situation actuelle des cimetières. Mais ceci est un autre débat!

Nissrine.L