mercredi 30 décembre 2009
Corps sacrés, corps profanes L’image des héroïnes de Judith à Marianne
La démonstration fut d’abord effectuée par Olivier Bouzy, chargé de cours à l’université d’Orléans et directeur adjoint, depuis 1988, du centre Jeanne d’Arc. Pour lui, nous ne connaissons qu’une représentation imaginaire du corps de Jeanne d’Arc, cette représentation serait l’œuvre de l’art médiéval, art avant tout symbolique et prototypique. En effet, par une comparaison de portrait, on remarque une forte ressemblance entre l’image de Jeanne d’Arc et les représentations médiévales de l’héroïne biblique Judith et de la prophétesse Deborah. Jeanne d’Arc est donc un mélange entre sa propre personnalité, et ces deux saintes héroïnes selon l’image que l’on souhaite donner d’elle. La démonstration se poursuivit par un petit cours sur l’imagerie médiévale et la symbolique : les corps féminins nus sont réservés aux défuntes, à Eve et aux héroïnes bibliques, les femmes sont toujours représentées selon leurs fonctions sociales et professionnelles, jamais une femme ne porte de chemise, et tout vêtement déchiré est synonyme de folie et de désordre. Nous remarquons donc une forte hiérarchie et une codification importante dans les images, ne cherchant pas à dépeindre la réalité, mais à exprimer des idées morales et allégoriques via des symboles précis et ordonnés.
La seconde partie de la démonstration fut effectuée par Yann Rigolet, doctorant à l’université d’Orléans qui, dans le cadre de ses recherches, avance une mutation de Jeanne d’Arc vers Marianne : Eu XVIIIème siècle, l’allégorie de Marianne s’impose comme symbole d’abord parisien puis national et vient faire disparaitre Jeanne d’Arc. Cette image, dans un premier temps captée par la jeune république, se voit réécrite au XIXème siècle par le courant romantique qui cherche à illustrer la révolution en la personnifiant. On peut dire que Jeanne d’Arc disparait pour incarner Marianne. Le rôle Jeanne d’Arc évolue, on remarque une baisse de la fréquentation des fêtes de Jeanne d’Arc, mais elle prend un caractère plus populaire et national avec la perte d’une partie du symbolisme religieux.
En effet, l’image de Jeanne d’Arc change, à la fin du XVIIIème siècle, elle adopte une posture guerrière au cœur de la révolution se rapportant au rôle de l’héroïne lors de la guerre de cent ans, puis, elle devient une Jeanne d’Arc libératrice et patriote. La mutation s’effectue par une simple évolution des attributs iconographiques.
Marianne quant à elle né officiellement en 1792, elle prend comme attributs et comme rôle la signification de la liberté et le salut par l’expiation, elle est censée représenter le peuple dans son intégralité, et plus particulièrement le peuple révolutionnaire, comme elle fut saisie par Delacroix sur le célèbre tableau La liberté guidant le peuple.
L’image des héroïnes se voit donc inscrite dans une continuité forte. Tout d’abord, au travers d’une forte représentation religieuse, évoluant en une représentation laïque et allégorique. Ces représentations se voient codifiés et hiérarchisées dans l’iconographie afin de conserver une héritage tout en se démarquant du passé.
Clément
mardi 1 décembre 2009
Corps souffrants, corps saints, corps glorieux
Cette conférence qui a visiblement suscité beaucoup d’intérêt (la salle est remplie en moins de dix minutes) est présentée par quatre intervenants, Isabelle Saint Martin maître de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Marie-France Baslez professeur d’histoire ancienne à l’Université de Paris XII, Mohammed Ali Amir Moezri islamologue et Denis Pelletier professeur à l’EPHE.
Chaque intervenant a choisi de présenter à tour de rôle les trois axes autours desquels s’articulait le sujet.
Les corps souffrants
Pour illustrer son propos Isabelle Saint Martin à l’aide d’un diaporama commence par nous montrer entre autres le retable de Saint Denis par Henri Bellechose, commandé par Jean sans Peur. Elle nous a appris que le Christ n’est pas représenté souffrant dans l’iconographie mais au contraire plutôt glorieux face à la mort, du moins jusqu’au XVe siècle, ici donc il l’est : la tête inclinée sur l’épaule, la plaie sanglante. De part et d’autre de la crucifixion on voit saint Denis qui reçoit la communion des mains du Christ et saint Denis juste avant sa décapitation, dans la tradition il est représenté céphalophore. D’après Isabelle Saint Martin la souffrance christique n’est représentée que tardivement, elle prend corps dans la devotio moderna, la dévotion à la souffrance du Christ par laquelle le fidèle prend conscience que ses péchés le rendent responsable de la souffrance du Christ.
En ce qui concerne l’époque contemporaine, nous dit Denis Pelletier, les représentations du Christ souffrant sont nombreuses. Pour nous donner une idée il fait allusion à l’œuvre de Lovis Corinth (1858-1925), Le Christ rouge le Christ y est représenté entre le porte lance et le porte éponge, sa chair apparaît mutilée, la notion de salut semble absente à la vue de cette œuvre.
Un autre exemple, à mon sens plus parlant, est celui de Jean Paul II à la fin de sa vie qui a suscité l’émotion des catholiques comme des non-catholiques car même si la souffrance de ce saint homme n’entraine pas d’adhésion au christianisme, nos sociétés sont fondamentalement doloristes.
Dans la tradition chrétienne ainsi que dans la tradition juive, nous explique ensuite Marie-France Baslez, une place très importante est donnée à la souffrance ; Au contraire elle est bannie dans d’autres civilisations antiques car elle représente le bannissement par Dieu. Ainsi dans les tragédies on évoque la souffrance mais on ne la représente pas. La représentation de la souffrance constitue une révolution anthropologique. A noter que la valeur expiatoire de la souffrance apparaît au IIe siècle, le chrétien qui souffre imite le Christ, le martyre s’identifie à lui, pour s’en convaincre il suffit de lire saint Paul lorsqu’il parle de Perpétue s’apprêtant à mourir dans l’amphithéâtre, la souffrance devient le point de contact entre l’humain et le divin.
Après avoir traité la notion de corps dans le monde chrétien, Mohammed Ali Amir Moezri nous invite à nous pencher sur le cas de l’islam, ainsi la notion de corps ne fait pas l’objet de spéculations théologiques. Dans les trois premiers siècles de l’islam il existe toutefois une mystique acétique de la crainte dans laquelle le corps souffre pour libérer l’esprit. Cette mystique est inspirée par le monachisme chrétien en Orient. Ce mouvement reste éphémère et prend fin vers les IXe – Xe siècle. Une chose importante à noter dans l’islam est que le corps, et surtout lorsqu’il est beau, est considéré comme le miroir du divin.
Les corps saints
Au tour de la notion de corps saint et de la question des reliques. Le corps saint c’est le corps du martyre, celui qui témoigne de sa foi par la souffrance. Isabelle Saint Martin nous présente un reliquaire, celui de Saint Luc, cet objet porte la trace du saint et de sa souffrance, pourtant certains n’ont pas souffert pensons à Saint François d’Assise, saint sans être martyr. Aussi les corps des martyrs sont montrés sous leur plus belle forme, comme l’est la sainte parmi les saintes, la Vierge Marie, prenons pour exemple la Vierge à l’Ostie d’Ingres.
Aux origines du christianisme, les choses étaient pourtant plus compliquées, en effet la personne représente plus aux yeux de la communauté de son vivant, mais le martyre dans sa souffrance devient un intercesseur avec Dieu. Toutefois M-F Baslez nous rappelle que le culte des reliques est tardif même si les textes apocryphes disent que les restes des saints portent la « charis » c'est-à-dire la grâce de Dieu, bien entendu les instruments de la passion du Christ sont les plus précieux. Dans tous les cas le culte des reliques prend de plus de plus d’importance au Moyen Age car elles sont responsables de miracles, de guérisons merveilleuses…
Dans l’islam l’ascétisme devient populaire surtout dans le deuil et le culte des reliques d’influence chrétienne après les croisades. Aux IXe – Xe siècle émerge une mystique : le soufisme dans laquelle il existe une notion de sainteté du corps en tant que manifestation de quelque chose de divin, de transcendantal. Dieu est beau, il aime la beauté, le corps véhicule alors ce qu’il y a de plus parfait : l’âme humaine, or l’âme humaine c’est Dieu. Mohammed Ali Amir Moezri parle de circulation entre la matière et l’esprit à travers le corps.
De nos jours les représentations du corps saint son peu nombreuses, la conception de sainteté, plutôt laïque, du corps n’est plus la même, aujourd’hui cette sainteté pourrait être celle du corps toujours en parfaite santé, cette responsabilité vis-à-vis de notre corps pourrait s’apparenter à une forme d’ascèse contemporaine, dans laquelle l’individu s’impose de rester jeune et beau.
Les corps glorieux
Dans l’art chrétien, le Christ glorieux n’est mis en scène que tardivement. Pour exemple nous pouvons prendre le retable d’Issenheim.
D’après Erwin Panofsky, la résurrection christique annonce la celle des corps, au contraire dans son Evangile, Saint Jean parle d’une résurrection universelle, alors que Saint Luc ne l’envisage que pour les justes.
A l’origine, la résurrection est liée à la souffrance. La résurrection est perçue comme une espérance tirée de la vision d’Ezéchiel (Ez. 37, 7). L’espoir naît de retrouver son corps dans son intégrité. Dans les Evangiles il même dit que le corps devient glorieux, c’est la transfiguration du corps évoquée dans l’Apocalypse de Jean, elle nourrit l’espérance des martyres notamment comme saint Etienne au moment de sa lapidation. Dans l’Antiquité le corps immortel, c’est celui qui est beau et jeune, ainsi pour les civilisations gréco-romaines, il est difficile d’admettre que le corps retrouve son intégrité après la mort alors qu’il a été abîmé d’une manière ou d’une autre.
Il est très intéressant de s’apercevoir que dans l’islam, il n’y a aucune notion de résurrection ou de corps glorieux, dépassant tout y compris la mort, tout au plus peut-on y rapprocher la notion de corps subtil : le corps est fait d’une enveloppe subtile qui se développe tout au long de la vie et qui peut traverser la mort.
Enfin de nos jours la gestion des corps morts passe par l’enterrement, pratique qui reste marquée par la religion, le recueil auprès d’une tombe pour le souvenir du mort, car la religion chrétienne est la première à affirmer que le mort n’est pas un cadavre, pour exemple Michel Foucault lorsqu’il parle de la Guerre de Troie constate que le terme « corps » c'est-à-dire « soma », n’est utilisé que pour désigner des cadavres. Ainsi peu importe que nous nous prétendions chrétiens ou non, l’enterrement reste, au-delà du mariage (autre pratique fondamentalement marquée par la religion), la pratique la plus répandue.
En conclusion j’ai trouvé très intéressant d’aborder ces thèmes à la fois sous l’angle des périodes mais aussi sous celui des religions, notamment en ce qui concerne l’islam, on se rend alors compte que certains concepts sont très différents voire inexistants.
Pauline R.
mercredi 11 novembre 2009
Le corps juif dans l'Histoire
Nous allons donc suivre le corps juif à partir de l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine. Bien entendu, cette conférence abordera le thème de la haine à l’encontre du corps juif.
La problématique est très bien étudiée : quel est la place du corps juif dans cette religion et comment est-il devenu un élément important, un signe d’appartenance à une nation, cette qui aux yeux du monde sera un jour l’objet d’un tel défoulement de haine ?
La conférence nous sera présentée par 3 conférencier, successivement Frédéric Encel, Jean- Marc Dreyfus et enfin Stéphane Encel. Un coordinateur, lui aussi historien interviendra pour faire la liaison entre les différents thèmes.
Notre premier interlocuteur va se pencher sur la période antique. Cette période tout en étant fondamentale est complexe en raison de la difficulté de remonter aux sources de l’histoire. Cette circoncision est un élément fondateur de l’appartenance et reconnaissance du peuple juif à une nation et surtout à une terre ; celle d’Israël. On pourrait parfaitement la qualifier de fil conducteur.
Notre second interlocuteur est professeur en Angleterre. Les études anglo-saxonnes sont très importantes sur le corps et nous verrons donc assez rapidement les influences de ces études sur les représentations actuelles du corps juif et surtout sur leur influence lors de la 2nde guerre mondiale.
Enfin, notre 3ème interlocuteur, très dynamique, abordera en détail le basculement de la religion à la nation correspondant au mouvement du sionisme.
Nous allons donc tenter de reconstituer la logique de la conférence. Cependant, une critique de cette conférence me semble essentielle avant même de commencer. Je ne suis absolument pas historienne, et c’est principalement pour l’envie d’apprendre et de comprendre que je me suis dirigée vers cette conférence. Malheureusement, très vite cette conférence devient complexe et aborde des réflexions très, trop pour moi poussées. Les intervenants se basent sur des théories développées par tel ou tel sociologues, chercheurs, historiens, politiques que je ne connais pas, et donc je perds facilement le fil. Malgré tout, le dynamisme que nos conférenciers ont mis dans leur intervention fait que je m’accroche jusqu’au bout, et ressort assez satisfaite.
I. L’importance de la circoncision dans la relation dieu-terre-peuple.
Cette circoncision vient d’une promesse faite par Abram au Dieu : le Dieu donne la Terre d’Israël à Abram et à tous ses descendants, s’assure de leur propriété perpétuelle, mais en échange il demande à ce que tout son peuple soit circoncit. On parle ici d’Abram parce qu’il n’est pas encore circoncit. En effet, c’est après sa circoncision qu’on le nommera désormais Abraham.
Ce qui est important de remarquer ici c’est que cette circoncision ne se limite pas à une question de sang. On circoncit également les esclaves car les garder serait un signe d’impureté sur la terre donnée. Il y a donc une véritable relation qui se crée en la Terre et le peuple par la promesse faite à Abram à Dieu. Il devient d’ailleurs par la suite Abraham.
A partir de là il va y avoir une opposition systématique entre circoncit et in circoncit. Cette opposition va se radicaliser lors du retour d’exil à Babylone : un petit nombre va se réorganiser, reconstruire une communauté qui va tenter de se séparer des autres nations. Cela va se caractériser par la chasse aux épouses non juives … Ce rapport à la circoncision est remis en avant comme signe d’identification, comme marqueur identitaire lors de moments charnières, moment dramatique comme celui-ci-dessus.
Un autre exemple peut être cité. Il s’agit de la conquête de Josué qui guide son peuple vers la terre promise, après avoir fuit l’Egypte. Le peuple né dans le désert n’avait pas été circoncit. D’autre part, la génération du désert s’était mal comportée, notamment pendant la période hellénistique. Des juifs étaient allés voir le Roi pour lui dire qu’ils voulaient faire partis d’eux « faisons alliance avec les nations ». Il s’agissait donc d’une opposition à l’Alliance première Dieu-Terre-Peuple. Ce mauvais comportement se caractérise également par le fait que certains d’entre eux se sont fait reconstruire un prépus.
Par conséquent, une circoncision générale est redemandée par le Dieu : il s’agit alors d’une rupture entre eux et eux avant. L’Eternel dira « Aujourd’hui, j’ai ôté de dessus de vous le déshonneur de l’Egypte ».
Pour conclure sur cette 1ère partie, on voit donc que la circoncision est pour les juifs un moyen de s’unir ET de s’exclure. La question de l’exclusion des juifs est donc toujours sous-jacente. Nous allons voir comment cette exclusion a façonnée l’image du juif à la fois physiquement et mentalement, et comment les autres nations en ont tiré profit pour se retourner contre eux.
II. La représentation du corps juif dans l’histoire.
La problématique principale ici est la façon dont est représenté dans l’histoire et quelles sont les évolutions qu’elle a connues ?
Dans la littérature du XIX, la représentation est celle d’une personne aux doigts, au nez crochus, au corps tout maigre, avec des lunettes (myope)… Ces caractéristiques sont en parties dues au sionisme mais ceci sera vu dans le prochain chapitre.
Cette représentation va donc à l’encontre de la période qui voit les révolutions industrielles, les gloires de Napoléon, l’ouverture des marchés vers le monde, puis pour allé un peu plus la grande exposition universelle de Paris où les corps sont mis en valeur, où la richesse est mise en avant notamment via une toilette soignée.
Cette représentation du corps juif fait écho à la montée de l’eugénisme des personnes handicapées puis à l’eugénisme sionisme.
Les travaux se basent aussi sur le marqueur identitaire important de la religion juive qui est la circoncision : on considère que pour devenir invisible, le corps juif devait retrouver ce qu’il avait perdu. A contrario, ce qui ressort c’est que le corps juif est faible.
Cependant, ce qui est très étrange c’est que les représentations du corps juif le montre également comme un corps puissant, menaçant ; leur force, leur union fait peur aux autres nations. Si bien que l’on peut donner comme exemple remarquable l’histoire de Dreyfus : il fut attaché des journées entières sur l’île. On avait peur qu’il s’échappe alors même qu’il était sur une île sans aucun moyen de fuite.
Le corps doit donc être ici entendu comme une unité, un ensemble et non un individu isolé.
C’est malheureusement cette dernière représentation du corps juif, de la puissance de la nation juive qui forcera le passage à l’idéologie de destruction.
Cette représentation ne va pourtant pas rester de marbre lors de l’ouverture des camps de concentration ; on ne peut d’ailleurs concevoir aujourd’hui qu’elle soit restée la même. Les images de la libération des camps ont fait le tour du monde et l’on en connait tous au moins une où des corps maigres, sans cheveux et aux yeux fatiguées fixent l’objectif. PHOTO
Au-delà de ces représentations purement physiques, il faut néanmoins préciser le rôle involontaire de la médecine qui à travers des normes a classé ce qu’elle dénommé la normalité et l’anormalité, qu’elle soit physique mais aussi psychologique. En effet, avant les Lumières le corps est un élément second mais dans les époques contemporaines il y a une volonté de se ressaisir du corps d’un point de vue politique (eugénisme, armé de métier, …).
Il faut maintenant voir comment le corps juif a tenté de fuir ces représentations, notamment en tentant d’échapper au mouvement du sionisme.
III. Le rejet partiel du sionisme par les juifs et la condamnation de leur représentation par les autres nations.
Le sionisme est un mouvement très important au sein de la nation juive qui perçoit le corps puissant comme malsain. Comme on l’a vu les représentations de 1800-1890 présentent le corps comme laid, faible. Il y a un climat de ghetto religieux très important. C’est donc cette représentation que les juifs vont dès lors tenter de contredire à travers la création d’un homme juif nouveau.
Le sionisme est un mouvement qui prône l’étude du livre la quasi totalité du temps. Si bien que le jeune juif ne fait pas de sport (faible), lit tout le temps (myopie) et ne connait rien à la politique.
D’autre part, en 1881 l’immense majorité des juifs vivait au Nord de l’empire tsariste (Russie).
Les juifs vont cependant quitter ces terres et venir s’implanter dans les terres ottomanes ce qui va avoir de nombreuses conséquences sur leur corps.
La fonction de celui-ci va être radicalement changée : le juif travaille la terre, il vit donc dans la poussière et la chaleur.
Il s’agit là de 3 changements radicaux qui vont transformer le corps : plus mate, plus charpenté. Après 18 siècles de diaspora, Nardo nous dit que « l’éducation physique doit redresser notre corps physique et moral ».
Depuis on retrouve une certaine surévaluation d’un corps sain. Ainsi on a pu voir des affiches où l’on distingue des hommes représenté comme étant forts et travaillant la terre et des affiches représentant des femmes aux formes généreuses, travailleuses et en short.
D’autres parts, on peut donner comme exemple dans cette évolution les Macabiades de 1920 qui sont les jeux olympiques juifs.
On peut également rappeler que l’usage de la force a longtemps été interdit par toutes les autorités rabbiniques. Cependant, B. Lazare, défenseur de Dreyfus dira à propos des pogroms « si le juif ne répond pas aux pogroms on est là dans un cas d’abjection du corps ».
C’est pourquoi aujourd’hui dans l’état israélien tous les écoliers et lycéens n’ont pas cours l’après midi pour laisser place au sport. Il y a donc une véritable évolution de pensée.
D’ailleurs même les plus orthodoxes au sein de la diaspora juive vont admettre que la revendication corporelle par rapport à celle de l’âme est importante et nécessaire.
On voit donc que l’image du juif a évolué au fil des siècles. Cependant, leur choix de distinction par rapport aux autres nations se fait encore ressentir aujourd’hui et fut à l’origine de nombreux conflits entre les peuples.
Cependant, au-delà des conflits inter-nations il y a surtout une importante ségrégation à l’intérieur même de la « communauté juive ».
lundi 19 octobre 2009
La Femme dans l'Orient et la Bible

Je comprends vite que j’ai bien fait d’être un peu maligne étant donné qu’une dizaine de personnes se font refouler à l’entrée… A retenir pour les autres RDV de l’Histoire : l’amphi 2 de l’antenne universitaire est minuscule !
Il est à peu près 13h30 quand les intervenants arrivent : tout d’abord Elisabeth Dufourcq (docteur en sciences politiques, ancien membre du comité national d'Éthique et ancienne secrétaire d'État à la Recherche, elle a publié, notamment, Les femmes japonaises (Denoël), L’Histoire des chrétiennes (Broché) et Les Aventurières de Dieu (JC Lattès) qui a reçu la médaille de vermeil de l'Académie française), Françoise Malbran Labat (directrice de recherche, spécialiste de la Mésopotamie ancienne, membre du CNRS et philologue) et pour mener le débat Benoît de Sagazan (rédacteur en chef du Monde de la Bible).
Ce débat est proposé par le Monde de la Bible et aborde les thèmes de la stérilité, de la virginité et de la maternité dans la Bible, et du traitement du corps dans les textes mésopotamiens.
Dans les premières communautés chrétiennes, les femmes sont rejetées et suivent Jésus. L’infanticide dans ces premières communautés concerne plus les jeunes filles. En effet, une femme est encore plus impure si elle accouche d’une fille.
Dans l’Evangile de Matthieu, « le songe de Joseph » on perçoit un problème lié à la virginité, la pureté et la maternité : l’Annonciation de l’ange Gabriel à Joseph de la conception virginale de Jésus. Joseph doit donc accepter la non virginité de sa fiancée Marie, il doit faire le sacrifice de sa culture : la virginité de sa femme ne lui appartient pas.
Dans le droit des hébreux, la virginité symbolise l’authenticité d’Israël. Cette virginité est un trésor qui appartient aux parents cependant le père n’a pas le droit de faire ce qu’il veut de la virginité de sa fille comme par exemple, la prostituer.
La prostitution est perçue comme étant un crime, surtout quand c’est le peuple d’Israël qui se prostitue. Marie Madeleine est, avant de rencontrer le Christ, une prostituée et elle est libérée de ses démons quand elle rencontre Jésus.
La femme peut être soupçonnée par son mari d’aimer un autre homme mais son témoignage n’est pas pris en compte pour la disculper. Le mari emmène sa femme devant le prêtre c’est ce qu’on appelle la cérémonie de l’oblation de jalousie où le prêtre fait boire à la femme l’eau d’amertume. Si elle a trompé son mari, son ventre grossit et son sexe se flétrit. Cette épreuve est donc une ordalie.
Le rapport entre l’homme, le corps de la femme et sa pureté semble important. En effet, si la femme est violée avant que son mari ait consommé le mariage c’est un crime grave. Dans le Livre des juges (l'un des livres de la Bible qui raconte la période de l'histoire des Hébreux entre la conquête du Pays de Canaan et l'apparition de la royauté), on apprend qu’une femme de la Tribu des Lévi se fait violer par un membre de la Tribu de Benjamin. Le mari de cette femme décide de la couper en 12 morceaux et d’en envoyer un pour chaque tribu d’Israël.
On peut aussi lier la virginité à la prophétie avec l’exemple de la prophétesse Anne qui déclare Jésus, Messie dans le temple de Jérusalem. Cependant, la femme n’est pas très bien vu dans ce rôle comme nous le montre l’exemple des apôtres qui parlent eux de fausses prophétesses, ils déconsidèrent la capacité de prophétie des femmes.
Il est aussi important d’aborder la question de la femme en s’intéressant au thème de la stérilité et de la maternité.
Abram (Abraham) et Saraï n’arrivent pas à avoir d’enfant car elle est stérile cependant il reçoit la promesse de Dieu de multiplier sa descendance pour lesquels la terre de Canaan est destinée. Pour assurer à son mari une progéniture, Saraï donne à Abram sa servante, Agar, comme concubine qui porte donc l’enfant d’Abram. L’enfant naît se nommant Ismaël, qui est le père de nombreux père d’Orient.
Après la naissance d’Ismaël Abraham conclut une alliance avec Dieu et obtient le nom d’Abraham et Sarah pour sa femme.
Dans le chapitre 18 de la Genèse Dieu et trois hommes annoncent à Abraham qu’il va avoir un enfant de Sarah alors qu’ils sont très vieux et elle est ménopausée. Le nouveau né se nomme Isaac.
La maternité peut être liée au miracle notamment quand il y a stérilité de la femme. Dans cette lignée, nous avons aussi l’exemple de Isaac et Rébecca qui donnent naissance à deux jumeaux, Jacob et Esaü alors qu’elle est stérile.
La maternité est considérée dans la religion comme un don de Dieu.
Dans les textes de l’Orient ancien, et dans la civilisation des akkadiens (babyloniens et assyriens) en Mésopotamie nous retrouvons deux déesses qui représentent la femme, toutes les deux portent un nom d’origine sumérien. Tout d’abord, Ninhursag est l’archétype de la femme en temps que mère. Elle représente la déesse de la fertilité, la mère des dieux et la dame des montagnes. La deuxième se nomme Inanna (nom sumérien) ou Ishtar (nom akkadien) qui est la déesse de l’amour, de la guerre, fille du dieu de la lune, déesse dominatrice qui a de nombreux amants. De plus, elle est la déesse de l’amour libre et de la prostitution mais aussi des femmes enceintes et des enfants.
Chaque année au nouvel an, se tient un mariage sacré c'est-à-dire que le souverain est tenu « d’épouser » l’une des prêtresses représentante d’Ishtar, afin d’assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles.
On en vient donc à s’intéresser au mariage et à la famille dans cette civilisation. L’enfant quand il naît , il doit rendre un culte aux ancêtres de son père mais pas à ceux de sa mère. En effet, quand la femme se marie elle doit quitter sa famille, et entre dans celle de son mari.
C’est une société monogame étant donné qu’entretenir plusieurs femmes coûte cher, par conséquent ce ne sont que la haute société qui se le permet ou les maris qui ont des femmes stériles. Le code d’Hammurabi (exposé au Musée du Louvre) nous dit que l’homme peut prendre une seconde femme mais que c’est la première qui la choisit et la commande. Si la seconde n’a pas d’enfant, la première peut la vendre.
Le code nous dit aussi que si l’épouse ne donne pas d’enfant il peut la répudier à condition qu’elle ne soit pas malade. La stérilité n’est pas un phénomène médical pour les mésopotamiens mais vient d’une décision des dieux qui veulent modérer les naissances.
Si le mariage a des conditions spécifiques, le contrat est inscrit sur une tablette sinon il est oral.
En ce qui concerne la naissance de l’enfant, un traité akkadien formule des diagnostics et pronostics : Si le bout du sein est noir, ce sera un garçon au contraire s’il est rouge se sera une fille. Si le bout du sein de la mère est recroquevillé cela veut dire que l’enfant ne verra pas le jour. Cependant on s’efforce de faciliter l’accouchement grâce à des incantations.
Ce débat m’a totalement enrichi de connaissances historiques et bibliques, et m’a amené à me poser des questions sur l’image de la femme dans le monde actuel. En effet, la femme s’est émancipée, sa virginité lui appartient et la pureté du corps de la femme n’est plus un tabou. Elles ont une réelle place au sein de la société, où elles assument parfois seules la maternité, la stérilité…
Charlotte F.
mercredi 14 octobre 2009
Religion et tabous alimentaires
En regardant la première fois le programme des 12ème Rendez Vous de l’Histoire, le sujet du vendredi 9 octobre « Religion et tabous alimentaires » retient mon attention, par conséquent je décide de commencer mes RDV de l’Histoire avec cette conférence.
Les intervenants, lors de ce débat se nomment Halima Ferhat (historienne marocaine spécialiste de l’histoire du Maghreb au Moyen-Âge, membre du "comité scientifique des Rendez-vous de l'Histoire de Rabat", professeur à l’Université Mohammed V, ainsi que directrice de l’Institut des Etudes Africaines à Rabat), Madeleine Ferrières (Professeur d’histoire moderne à l’Université d’Avignon, chercheur à l’UMR Telemme de la MMSH d’Aix-en-Provence), Bruno Laurioux (professeur d’histoire médiévale à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, vice-Président du conseil scientifique de l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation) et pour finir Jean-Robert Pitte (géographe français, professeur des Universités, spécialiste du paysage et de la gastronomie, président de la Société de géographie et co-directeur scientifique du Festival international de la géographie). Et pour animer le débat : Marc de Ferrière, Professeur des Universités à l'Université François-Rabelais de Tours, et Président de l'IEHCA (Institut Européen d'Histoire et des Cultures de l'Alimentation). Ce débat a essentiellement soulevé la question de l’évolution des tabous alimentaires à travers les âges.
Madeleine Ferrières nous apprend au début du débat que le mot tabou a été inventé lors du premier voyage de Cook en Polynésie et que son sens premier est l’interdiction absolue sous peine d’une punition dite surnaturelle. Ce qui les amène à parler des religions et des interdits liés aux différentes croyances.
Halima Ferhat nous explique que le jeûne canonique (ou ramadan) dans l’Islam dure un mois pendant lequel les musulmans ne mangent pas, ne boivent pas, ne fument pas… le jour. Au quotidien, les musulmans suivent plus l’interdiction du porc (possible d’en acheter, mais élevage contrôlé au Maroc) que celle du vin.
A l’extrême, les soufis (mouvement spirituel, mystique et ascétique de l’Islam, et un mouvement ésotérique apparue au VIIIe siècle ) jeûnent d’une manière continue et s’interdisent ce qui est bon. Anecdote qui a retenue mon intention : les soufis refusent de manger une viande cuite qui a été préparé par une femme ayant ses règles (elle est considérée comme impure). De plus, nous apprenons que les juifs et les musulmans ont les mêmes interdictions alimentaires.
Bruno Laurioux nous explique que l’effort du carême pour les chrétiens appartient à chacun, il porte moins sur le contenu mais plus sur la durée (40 jours). Les interdictions strictes de privation liées au carême n’existent plus depuis la fin du Ier siècle avec le concile de Jérusalem.
Jean-Robert Pitte reconnaît la passion pour le pain et les boissons fermentées depuis de nombreux siècles mais le vin est interdit par le Coran par peur de l’ivresse et des conséquences : inceste, violence envers femmes… Cette passion pour certains aliments relèvent des aliments qui sont valorisés mais ils ne seront pas les mêmes au fil des siècles :
A l’époque Meiji (1868 – 1912), les japonais ne mangeaient pas de viande, juste des végétaux et du poisson. La pomme de terre à une époque n’était pas appréciée car apparentée à Satan (pousse sous la terre). De plus, il y a l’exemple de l’ail et de l’huile d’olive qui n’étaient pas appréciés à cause de leur odeur et qui sont maintenant très utilisés. Pour finir, le lièvre a été déprécié au Moyen-Âge car il renvoyait d’après la Bible et les textes théologiques à un symbole de lubricité. Il sera ensuite inscrit dans les traditions culinaires à l’époque moderne.
Il y a donc d’après les intervenants une valorisation de certains aliments (ce qui est encore visible aujourd’hui) mais aussi une catégorisation de ceux-ci (aliments gras ou maigres) cependant ils ne deviennent pas des tabous alimentaires en fonction de leur catégorie.
Madeleine Ferrières ajoute que les tabous dans notre société tiennent plus à des goûts et dégoûts individuels voire collectifs donc ne sont pas des tabous en somme.
Pour Jean-Robert Pitte, nous sommes dans une société où règne une sorte de religion animiste qu’il caractérise de New Age où l’on s’interdit de manger des animaux en voie de disparition comme la baleine. Interdiction personnelle mais aussi un interdit lié à des lois de protection de la nature. Ces animaux adoptent donc un statut, pour lui, d’animaux sacrés (comme ça peut être le cas dans certaines religions).
Pour conclure j’ai choisi de reprendre l’idée de Madeleine Ferrière qui est que toute société a besoin de règles alimentaires et culinaires. Il faut différencier deux notions : ce qu’on interdit et ce qu’on s’interdit !
J’ai été énormément déçue car les intervenants ont très peu parlé de religion, des interdictions quotidiennes et lors des jeûnes ainsi que de leur évolution au fil des siècles. Le débat était tout de même intéressant mais j’ai été un peu surprise par la tournure légère qu’il a pris à certains moments notamment à cause de Jean-Robert Pitte (qui reste un homme très qualifié) qui a fait un peu trop d’humour à mon goût et qui a surtout voulu choquer le public en ce qui concerne la question de la défense des animaux en voie de disparition.
Charlotte F.