lundi 7 décembre 2009
jeudi 22 octobre 2009

Des fascistes français sur l'île d'Yeu, déterrant le corps d'un Maréchal dont la gloire et le renom historique ne sont plus à refaire. Ainsi débute "Nous voilà", prix du roman historique "Aux rendez-vous de l'histoire 2009", dont Jean-Marie Laclavetine est l'auteur.
En 1973, la France se remet à peine des vagues provoquées par le mouvement "soixante-huitard", et l'auteur décortique pour nous cette période historique si peu connue par la jeunesse actuelle.
Partagé entre révolution et conservation, notre pays semble avoir connu des jours pour le moins hésitants. Les manifestations s'enchaînent : pour une légalisation de l'avortement, contre l'extension du camp militaire du Larzac... Les débats politiques y sont nombreux er l'auteur, tout en décrivant une jeunesse envieuse d'un "grand soir", révèle cette omniprésence d'un courant idéologique traditionnel, volontaire d'un retour à l'ordre désiré par le Maréchal Pétain dans ses écrits.
" Il ne faut penser qu'à l'ordre, et l'ordre c'est la conscience de tous"
Les similitudes entre les deux camps paraissent, sous la plume de l'auteur, visibles à l'oeil du lecteur. En effet, ces deux courants français, d'apparence antagonistes, conservent tous les deux une même volonté de changement pour la communauté internationale, changement qui va arriver de lui-même mais à l'encontre des voeux souhaités.
La société internationale semble bel et bien sombrer dans un chaos politique et économique de plus en plus profond.
La romance nous fait suivre une jeunesse qui grandit, qui passe de joie en désespoir, tout en réalisant au fil du temps qui passe, l'engrenage dans lequel la volonté de révolution de leurs aînés les a poussés.
"Nous avons cru changer le monde, nous avons du moins fait semblant d'y croire, il fallait voir alors notre allure admirable, il fallait entendre notre génération brailler et raisonner et théoriser et pontifier, notre génération qui maintenant se presse toute honte bue aux mangeoires ministérielles"
L'auteur ne cherche en rien à épargner le lecteur. Il enchaîne les évènements marquants des trente dernières années et nous laisse, une fois le point final arrivé, plus désemparé et déboussolé que jamais.
La seconde guerre mondiale a certes constitué un tournant décisif dans les relations internationales actuelles et la France et les français semblent bel et bien avoir retrouvé le sommeil depuis le régime de Vichy et ses infâmies. Mais sommes-nous vraiment en paix pour autant ? Les dernières pages du livre, tournées sur le début des années 2000 semblent nous inviter à penser le contraire. Et ces mots si poignants, faisant le lien entre l'histoire "abracadabrantesque" du cercueil disparu et l'Histore, déclamés par un ancien militant :
"Ils ont créé un ministère de l'Identité Nationale ! Et le ministre va répétant mot pour mot, sans le savoir ou le sachant, les mots de Xavier Vallat, serviteur du Maréchal pour les questions juives : "j'applique la loi française, avec humanité mais avec fermeté"."
Qui sommes nous pour oser prétendre tirer les leçons de nos erreurs ? Sommes-nous vraiment si loins de ce régime de Vichy dont le Maréchal représente la figure par excellence ?
Les français avaient cru en un homme, un héros de la Grande Guerre, et cet homme avait abusé des pouvoirs obtenus pour violer la conscience nationale en envoyant des juifs à la mort. Les hommes avaient fermé les yeux devant les wagons à bestiaux où des hommes et des femmes mourraient d'humiliation et de honte. Aujourd'hui, l'homme a changé mais ses manières ont perduré. Des hommes expulsés d'une jungle située à 200 kilomètres de Paris, début septembre, et ce au seul motif de leur différence...
En 1968, la jeunesse a désespérément tenté de faire s'ouvrir les yeux de cette France qui sombrait jour après jour dans un profond sommeil. Hélas l'échec d'un "grand soir" qui se fait attendre devait venir toquer à la porte. Mais allons-nous laisser notre pays se rendormir ? A nouveau fermer les yeux sur cette honte qui nous pétrifie ?
Aujourd'hui est venu le temps de se lever, de changer l'Histoire et de crier d'une même voix : "Nous voilà !"
mercredi 21 octobre 2009
Corps martyrisé, corps mythifié : les mythes et cultes du sacrifice dans l'armée française
Intervenants : CHRISTIAN BENOÎT, ancien conservateur du département Symbolique des archives de la Défense, GILLES BOËTSCH, anthropologue, directeur de recherches au CNRS, ANTOINE CHAMPEAUX, lieutenant-colonel, conservateur du musée des troupes de marine, ERIC DEROO, chercheur associé au CNRS, MARCELA FERARU, journaliste, REMY PORTE, colonel, CESAT, FRANCOIS REBICHON, professeur à l'université de Lille.
Quatrième de couverture :Quarante auteurs - militaires, médecins, prêtres, historiens, journalistes, réalisateurs - français et étrangers.
Les archives pour la plupart inédites du service photographique des armées. Une iconographie saisissante illustrant le sacrifice du soldat, des allégories symboliques au réalisme du photoreportage. La première étude de fond sur la notion de " martyre patriotique ", du champ de bataille au musée. Tombe du Soldat inconnu, sacralisation du poilu de 14-18, combats héroïques et désespérés face à l'armée allemande en 1940...
Corps mythifiés des mausolées militaires, combattants " morts pour la France " à Diên Biên Phu en 1954 ou dans les montagnes afghanes en 2008... Ce culte du sacrifice est-il une spécificité française, ou est-il propre à toutes les armées du monde? Comment des hommes acceptent-ils de donner leur vie pour exécuter les ordres reçus? Quelles significations accorder aux symboles qui entourent la mort du soldat? A l'heure des " conflits émergents ", du " martyre terroriste ", mais aussi du concept de " guerre zéro mort ", cette somme incontournable porte un nouveau regard sur la réalité, les mythes et les représentations du sacrifice militaire.
Les grandes lignes :
- Tout d'abord, on peut se poser des questions sur la genèse du sacrifice. Est-ce une spécialité française ? Les quarante contributeurs se sont axés sur le corps du soldat ; du champs de bataille à sa représentation "post-moderne". On peut aussi se demander de quelle manière le ministère de la défense (et en particulier l'ECPAD) a pris en compte les images de ce sacrifice.
- La recherche est donc pluridisciplinaire et rassemble de anthropologues, des médecins, des militaires, des cinéastes, des historiens de l'art... On remarque rapidement qu'il y a un rapport avec le sacré, le divin. En Égypte, on offrait souvent de la nourriture ou des animaux... On sacrifie donc le corps de l'autre. Ce sacrifice a lieu pour s'accorder avec les dieux.
- Une autre question est la portée et le sens du sacrifice humain : se sacrifie-t-on pour la patrie ou pour les dieux ? Cette idée de sacrifice pour la patrie est relativement moderne. Elle constitue un agent symbolique et social. Cette idée va de pair avec une autre : on doit faire la guerre mais ne plus se faire tuer (c'est quand survient la mort que naît l'idée de sacrifice).
- La question du jeu des acteurs est aussi importante. comment prend-on en charge le corps blessé, que ce soit au niveau physique, moral ou psychique. Des chocs traumatiques post-conflit peuvent aussi tout à fait survenir. Cette question conduit à celle de la mort (repoussée ou déniée dans bien des cas, de façon voulue ou non d'ailleurs). Autour des souffrances, la cohésion du groupe est essentielle.
- D'autre par, la notion de sacrifice est enseignée au soldats depuis longtemps. Les hommes se battent avec le souvenir, l'image, d'un comportement enseigné. De nos jours on s'attache aussi à donner les honneurs aux hommes morts au combat, sur le terrain et on peut s'occuper de chaque soldat. Il y a en permanence la remémoration des morts et une certaine éducation au sacrifice.
Marion Salaün-Chollet
mardi 20 octobre 2009
Un petit panorama de nos 4 jours à Blois !
Benjamin Bruneau, Charlotte F., Claire Chevrier-Gros, Lucie Rober, Pauline R, Emilie T.
mardi 13 octobre 2009
Eva Schloss, une survivante
Eva Schloss, rencontre avec un grand témoin, survivant d’Auschwitz
Devoir de Mémoire

Un couple préside l’amphi de l’antenne universitaire. Eva Schloss, demi-sœur par alliance d’Anne Franck, est venue avec son mari. Cette femme d’un autre âge, se présente avec un fort accent anglais puisqu’elle réside en Angleterre son pays d’adoption. Eva est née en Autriche en 1929 et elle a connu l’enfer d’Auschwitz, elle y a perdu son père et son frère. Après la guerre elle a voulu crier l’Horreur, que tout le monde l’écoute, mais l’heure était aux réjouissances de la paix. Elle s’est tue de nombreuses années. Il faut attendre les années 1980 pour qu’enfin sa parole se libère à son tour. Elle écrit un livre avec l’aide d’Evelyn Julia Kent, L’histoire d’Eva, traduit en français par Edith Ochs. Dès lors elle s’investit d’une mission éducative à travers le monde. D’écoles en conférences, elle participe activement au Devoir de Mémoire avec l’espoir que son témoignage aide « les plus jeunes à devenir des bonnes personnes » et que chacun d’entre nous continu de se remettre en cause. Elle souligne l’importance d’exprimer sa voix, « tous le monde a quelque chose à dire, d’ailleurs les français savent bien le faire avec toutes ces manifestations…»dit-elle en souriant.
Invasion et fuite
La grande dame nous livre l’histoire qu’elle a vécue à travers un regard d’enfant puis de jeune femme. Issue d’une famille juive elle a 10 ans en 1939. Rapidement, elle est confrontée aux changements entraînés par la guerre. Tout d’abord, elle nous évoque son incompréhension quand un matin à l’école, elle n’a plus le droit de s’asseoir à coté de ses camarades chrétiens. Son frère est battu devant le regard muet de l’instituteur dans la cour de récréation, sa peau mate et ses cheveux bruns trahissant ses origines. Eva échappe aux railleries de ses camarades grâce à sa blondeur. Dès lors son père lui dit qu’à présent il sera difficile d’être juif. Le projet nazi menace toute la communauté et la famille d’Eva doit fuir. Mais il est très difficile de passer les frontières, car les gens ne veulent pas avoir à faire avec des juifs, par peur des représailles. Toutefois, en Juin 1938 la famille rejoint Breda aux Pays-Bas proche de la frontière. Cette année là elle apprend le français dans une école belge, car elle ne pouvait pas être scolarisée dans son pays d’accueil. C’est aussi cette année là qu’elle prend la mesure de sa vie de réfugié. Assise au fond de la classe, on ne s’occupera pas de savoir si elle comprend bien la langue. Et pourtant, Eva reste une enfant avec des envies de son âge. Elle nous raconte qu’elle organise une fête d’anniversaire mais à la place de ses petits camarades de classes ce sont des lettres de refus des parents qu’elle reçoit. La déception, le rejet encore d’une enfant privée d’une page de son enfance. Toutefois, sa vie aux Pays-Bas lui apportait quelques réjouissances mais très vite l’invasion du 10 mai 1940 par les nazis met un terme à cette période de repos. Sa famille tente de fuir sur un bateau mais tous sont remplis, il est déjà trop tard.
Se cacher
Dés l’invasion nazi, de nombreuses familles hollandaises protègent des familles juives. Mais l’heure est à la séparation en deux de sa famille pour se cacher le mieux possible. Pendant 2 ans Eva vit dans un grenier avec sa mère et son père est caché avec son frère. L’angoisse est constante, les nazis fouillent toujours la nuit à la recherche d’un lit vide encore chaud…Malgré des visites ponctuelles et périlleuses à son frère et à son père c’est une période d’ennui profond pour Eva qui était une enfant dynamique et sportive qui ne savait que faire de ses dix doigts.
Captive
Le 15 mai 1944 c’est son anniversaire, elle a 15ans. La gestapo fait irruption dans leur cachette le moment tant redouté est arrivé. Une fois captive Eva et sa mère apprennent que le père et le fils ont eux aussi étaient arrêtés. Ils ont tous été trahis par une infirmière nazie qui se faisaient passer pour une résistante. Eva est torturée pour savoir qui l’a aidé. La famille est conduite au camp d’Auschwitz. Ils avaient déjà entendu parler des camps de la mort à la BBC dés lors elle se croit condamnée. Et puis après c’est l’enchainement de l’indicible, la sélection, la séparation, l’humiliante nudité, le crâne rasé et le corps tatoué. Tout a été orchestré par le régime nazi qui tente de réduire une population à un état de bétail en s’attaquant directement à l’identité de chacun par le biais du corps.
Survivre au camp
Eva raconte comment certains étaient envoyés à « la douche », le son du gaz qui s’échappe, comment d’autres enlevaient les corps tout en sachant qu’ils seraient les prochains. Intégré dans ce rouage macabre, elle travaille au service des vêtements, elle les trie. Eva survit avec sa mère à ses côtés. Mais un jour celle-ci est sélectionnée pour sa maigreur par le tristement célèbre Docteur Mengele, le « Docteur de la mort ». Ce dernier pratiquera tout le long de la guerre des expériences atroces sur des hommes et des femmes bien vivants tel que des vivisections. La jeune fille croit sa mère morte et tente de continuer seule dans la partie du camp réservé aux femmes. Elle aura la chance de discuter une dernière fois avec son père à travers les barbelés. Après avoir surmonté les douleurs physique et morale qui auraient pu la conduire à la mort, Eva retrouvera sa mère qui a survécu à la folie de Mengele pendant la libération d’Auschwitz par les russes.
Se réapproprier son corps
Après nous avoir fait le récit bref de son histoire, Eva attend les questions…le malaise plane dans la salle. Elle nous taquine en disant que les enfants qu’elle a rencontré l’autre jour étaient bien plus bavards. Enfin, le public s’ouvre à elle :
- Combien de temps faut-il pour réapprendre la liberté, et pour s’approprier son corps à nouveau?
« Il faut beaucoup de temps, la libération du corps n’est pas totale, par exemple certains amis à moi ont eu des perturbations digestives douloureuses et handicapantes jusqu’à un âge très avancé. Moi, j’ai de la chance, j’ai une bonne santé. »
-Comment peut-on tenir?
« La vie est précieuse et donc on essaye durement de rester en vie. Comme une personne malade, qui a le courage de continuer, même un traitement douloureux, parce qu’elle ne veut pas finir sa vie. La foi peut aider, mais dans le camp c’est difficile de continuer à prier un Dieu qui n’intervient pas, qui ne vous sauve pas de l’horreur quotidienne.»
-Avez-vous la haine?
« Je l’avais ! J’en avais beaucoup, pour beaucoup de monde, pour les nazis, mais aussi pour des pays comme les Etats-Unis ou l’Australie qui auraient pu accueillir de nombreux juifs dans les vastes espaces vides de leurs territoires. Mais la haine est mauvaise, elle ne sert à rien, aujourd’hui je ne l’ai plus. Après toutes ces années, les pays sont peuplés d’une nouvelle génération qui n’est pas responsable de ce qui s’est passé. Et puis je crois qu’il y a plus de bonnes personnes q
ue de mauvaises personnes dans le monde.»En concluant ainsi, Eva nous laisse une image lumineuse d’une femme qui a survécut à l’indicible, une grande dame qui a réussi malgré tout à construire sa vie dans la joie entouré de sa famille. Très souriante, elle semble heureuse et en paix avec elle-même. Eva nous donne une bonne leçon. Cette rencontre me semble d’un autre temps, mais pourtant j’ai le sentiment d’avoir touché un petit bout d’histoire en échangeant quelques mots avec un témoin de l’un des plus grands crimes contre l’Humanité.
Anaïs Boutrolle
lundi 12 octobre 2009
Du bûcher au génocide
Sur le coté de la Halles aux Grains des tentes blanches remplissent la place, la plus grande abrite le café littéraire. Il a une capacité d’accueil assez conséquente, une scène trône au bout de la salle. Ici on présente des ouvrages qui tentent de traiter une page de l’Histoire. Je me rends donc au café littéraire qui s’intitule « Du bûcher au génocide ». La rencontre se fait entre Nathan Wachtel, professeur au Collège de France et Nicolas Werth, directeur de recherche au CNRS. Tout deux sont auteurs, Nathan Wachtel a écrit La logique des bûchers et Nicolas Werth L’ivrogne et la marchande de fleurs. Ils vont tenter pendant une heure de confronter les similitudes et les différences entre l’Inquisition espagnole du XVIe au XVIIIe siècle et la Grande Terreur stalinienne. Bien entendu, il n’est pas véritablement possible de comparer ce qui n’est pas comparable mais cette vision m’a semblé intéressante. Les deux hommes constatent les différences entre deux époques, deux systèmes, des similitudes aussi, la torture et l’exécution.
Une Inquisition organisée, un régime stalinien arbitraire
Echapper au système
L’impossible fuite